Vingt pour cent des hommes possèdent quatre-vingt pour cent de tout l'égoïsme du monde
J'ai découvert une petite mine: plus d'une soixante de films de l'Office du film du Canada sur des questions environnementales que l'on peut voir en ligne. Parmi ceux-ci, René Dumont: l'homme-siècle, tourné très peu de temps avant sa mort survenue le 18 juin 2001, vaut le détour à lui seul. Vers la toute fin, Dumont a cette phrase amère : «je n'avais pas les moyens de leur promettre l'enfer». L'égoïsme et l'indifférence envers la misère le désespéraient.
Dans ce documentaire du cinéaste Richard D. Lavoie, Dumont transmet un héritage fait d'engagement et d'indignation. Tout au long de l'entretien qu'il avait accordé alors qu'il sentait bien que sa fin approchait, Dumont relate sa traversée du désert. Son malheur aura été d'être conscient de l'absurdité du comportement de cette partie de l'humanité vivant dans l'abondance et qui malgré tout accaparait toujours plus de richesse pendant que l'autre partie manquait cruellement du minimum vital.
![]() |
Tout le drame est exemplifié par cet épisode. Le système économique mondial et nos modes de vie occidentaux reposent essentiellement sur l'égoïsme.
Dumont lui-même avouait, lors de la Conférence mondiale sur l'alimentation à Rome en 1974, s'être rendu compte tardivement qu'il consommait trop. C'est en écrivant L'Utopie ou la mort, qu'il avait réalisé qu'il devait réduire de moitié sa consommation de viande et d'essence.
Trente-quatre ans plus tard, après les trente ténébreuses qui ont suivi les Trente glorieuses, cette prise de conscience commence à pénétrer les cerveaux des habitants des pays riches
, mais elle n'a toujours pas entraînée un changement en profondeur des habitudes de vie. Notre dernière trouvaille illustre bien tout notre égoïsme: plutôt que de diminuer notre consommation d'énergie afin de permettre aux pays émergents et aux pays pauvres
d'augmenter la leur, nous avons choisi de produire des agrocarburants, aggravant ainsi la crise alimentaire dans le monde.Quand Dumont s'était présenté à l'élection présidentielle française comme premier candidat écologiste, toujours en 1974, bien peu prenaient au sérieux les problèmes environnementaux, encore moins pressentaient que ces problèmes allaient nous hanter sur plusieurs décennies.
Aujourd'hui, Dumont ne prêcherait plus dans le désert, mais il serait tout aussi indigné de voir que nous avons si peu changé nos habitudes de vie.
Il devait bien le pressentir quand il s'était écrié: «Ouvrons les yeux! Le XXIe siècle est mal parti!»
À lire aussi
- Un mariage impossible : quand la croissance flirte avec le durable - 10/09/06
- Après la mondialisation, voici venue l'ère de la « grosalisation » - 01/08/07
- Finances municipales : une des clés du développement - 21/06/06
- L'argent attire l'argent, malheureusement pour les pays pauvres - 01/07/07
- Un monde sel'itaire - 09/02/07
Mots-clés : durable







