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Une tasse d'appauvrissement ?
Dans la dernière décennie du 20e siècle, les revenus des pays producteurs de café ont chûté dramatiquement, de 12 à 5,5 milliards de dollars. Au cours de la même période, les revenus de la vente de ce même café ont augmenté de 30 à 70 milliards de dollars, selon Thot. Cherchez l'erreur.
Voyons les choses autrement : de 30 % des revenus des ventes dans les
années 80, la part les pays producteurs de café est tombée à 7 % l'an passé.
La toute récente hausse des prix des grains sur les marchés internationaux ne doit pas masquer le coût amer du café.
Pas étonnant que la culture de plantes narcotiques tende à remplacer
celle du café, nous disait Oxfam en 2002 dans un rapport au nom
évocateur : Mugged. Poverty in your coffee cup.
Un sombre 4 juillet
Qu'évoque le 4 juillet pour vous ? Tiens, il y a un Américain dans la salle. Pour les autres, sachez que le 4 juillet 1989 fut « le jour de l'indépendance » pour le marché du
café. Après 27 ans d'existence de jour-là, le système des quotas s'effondra faute d'accord.
Qui se pointa aussitôt, sourire aux lèvres et calculatrice à la main ? Les spéculateurs.
Ce n'est pas très sorcier à comprendre. Quelqu'un doit prendre en
charge la gestion du risque. Dans le domaine agricole, le risque
(mauvaises récoltes ou récoltes trop abondantes par exemple) est le
mauvais compagnon de route du marché. On ne sait jamais quel sale tour
il va jouer. Et ne comptez pas sur le marché pour nous en protéger quand l'État s'en lave les mains.
25 millions contre 5
Il y a quelque 25 millions de producteurs de café dans le monde. La
plupart sont des petits producteurs du Sud
qui n'ont guère d'autre choix que de
vendre à perte dans un marché hautement compétitif.
Cinq entreprises
dictent les prix : Kraft, Nestlé, Procter & Gamble, Sara Lee et
Tchibo. Elles achètent plus de la moitié des grains de café.
Voilà un phénomène intéressant à observer qui montre bien les limites du libre marché : la transition d'un marché contrôlé à un marché non contrôlé a réduit de plus de la moitié les revenus des producteurs tout en augmentant d'au-delà de la moitié celui des transformateurs, sans compter les revenus des intermédiaires et des gouvernements.
Comment s'explique la hausse des revenus côté transformateurs ? Non elle n'est pas due à une hystérie collective de millions d'ex fumeurs qui les aurait poussés à boire frénétiquement du café. Je veux bien vous accorder qu'il leur a fallu compenser, mais tout de même.
Dans les faits, le marché de la consommation est plutôt stagnant. Les transformateurs ont tout simplement maintenu leurs prix et encaissé la manne que leur procure la dérèglementation du marché international des grains de café.
Ne surtout pas faire ce que l'on demande aux autres de faire
Curieux tout de même que les pays de l'OCDE maintiennent, contre vents et marées, divers systèmes de gestion de l'offre et de la demande de leurs productions agricoles.
Comble de l'ironie, les Américains et les Européens n'hésitent pas à subventionner largement certaines productions, au détriment des producteurs du Sud !
Pas fous les pays riches
! Il est vrai qu'ils peuvent envoyer paître le Fond monétaire international et la Banque mondiale, eux.
Qui a dit déjà Le nerf de la guerre c'est l'argent ? Ais-je entendu Bion de Phlossa ? Ce que vous en avez de la culture !
Le même auteur a écrit « une goutte assidue, à force de tomber, creuse dans le roc même, une crevasse. » (Citation des Iségiens Sans Frontière).
Nous avons le choix : laisser l'écart dans la répartition des revenus se creuser goutte à goutte de café que nous buvons, ou alors insister pour que soit respecté l'article 23-3 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.
« Quiconque travaille a droit à une rémunération équitableAh oui, ceux qui ont eu la curiosité d'aller voir savent que le 4 juillet est aussi le jour de la parution de "Alice's Adventures in Wonderland".et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. »
I'd rather finish my tea.
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