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Une pièce manquante de la mondialisation

L'économiste Jagdish Natwarlal Bhagwati a pourfendu les défenseurs du statu quo dans les présentes négociations de l'OMC, lors du dernier forum de l'OCDE Balancing Globalisation. Du même souffle, il a ajouté qu'il ne fallait pas s'attendre à ce que les pays en développement abolissent leurs barrières aux produits et services provenant de l'étranger sans filet protecteur (safety net) pour ceux qui risquent d'en subir les contrecoups.

Bhagwati, un économiste qui fait l'éloge du libre-échange mais dénonce la libre circulation des capitaux, a remis les pendules à l'heure: trop souvent les tenants du libre-échange passe sous silence le fait qu'on n'ouvre pas ses marchés au commerce extérieur sans casser des oeufs.

Et c'est justement là où le bât blesse.

Certains idéologues voudraient que les pays en Technorati acceptent le chômage et la misère qui viennent avec l'ouverture de leurs marchés en remerciant Américains et Européens jusqu'à la fin des temps de tant de bonté.

La question de la libéralisation du commerce international est complexe. Pour vous en convaincre, prenez le temps de regarder le film Pas assez de volume ! (Notes sur l'OMC) de Vincent Glenn.

L'idéologie domine les discours de part et d'autre.

Or, au-delà de tout discours sur les bienfaits d'une plus grande ouverture au commerce international, dans de trop nombreux pays ceux qui perdent leurs emplois et les petits producteurs acculés à la faillite doivent se débrouiller du mieux qu'ils le peuvent, trop souvent mal d'ailleurs, faute de soutien public.

Bhagwati a tenu à rappeler qu'aux États-Unis, aucun accord de libéralisation du commerce ne s'est conclut sans une provision qui atténuait les effets négatifs induits par l'ouverture des marchés à la concurrence étrangère.

Les pays de l'OCDE ont tous mis en place des politiques et des programmes visant aussi à atténuer les effets de la mondialisation.

Un filet protecteur, voilà selon lui une importante pièce manquante dans les pays en développement et les institutions internationales devraient les aider à le tisser.

Une petite précision s'impose ici: atténuer est un grand mot. Même le Bureau international du travail soulignait, en 2004, les faillites et les excès de la mondialisation : «abaissement des normes sociales, précarité grandissante, accroissement du chômage officiel, privatisations désastreuses des services publics».

Bon. On ne va pas trop chicaner Bhagwati d'avoir laisser entendre que tout est allé pour le mieux. Pour une fois qu'un économiste libéral plaide en faveur de ceux qui tombent au champ d'honneur de la Technorati.

L'Afrique est particulièrement vulnérable à ce chapitre : par exemple, 37 des 44 pays pris en compte dans le dernier rapport annuel de l'Administration de la sécurité sociale des États-Unis (Social Security Programs Throughout the World: Africa 2005) n'ont aucun programme d'indemnisation des chômeurs.

Cela est guère mieux dans le cas des Amériques: 25 pays sur 36 n'ont pas de programme d'indemnisation des chômeurs. Inutile de préciser que le Canada et les États-Unis ne font pas partie de ces 25 pays.

L'Asie et Pacifique fait meilleure figure avec 29 pays sur 48 sans programme d'indemnisation (les derniers chiffres disponibles datant de 2004).

L'Europe est le continent à part: sur 44 pays, deux seulement n'ont pas de programme d'indemnisation (chiffres de 2004).

Même dans les pays qui ont un programme d'indemnisation, il faudrait l'analyser plus en détail pour en mesurer l'impact sur le «degré d'acceptation» de l'ouverture de leurs marchés. Plus un programme est généreux et prévoit des mesures de réorientation de la main d'oeuvre en chômage, plus sans doute la résistence au changement est faible.

Enfin, si l'on fait abstraction de tous ceux qui travaillent dans l'économie informelle et de tous les petits producteurs fauchés par l'ouverture des marchés.

Car le véritable enjeu de l'ouverture des marchés a bien été résumé en 2001 par Gilberto Dupas de l'université de Sao Paulo: «The crucial issue is to know - beyond national States, at a supranational and global level - whether the destructive ecological, social and cultural power of global capitalism can be brought under control again

Pour cela, un filet ne suffit pas.


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