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Revoir le savoir agricole ne suffira pas pour nourrir le monde
L'Agricultural Science and Technology for Development (IAASTD), une créature de la Banque mondiale née en 2002, fait son mea culpa cette semaine à Johannesburg : l'organisation internationale avoue qu'elle n'a pas accordé une attention suffisante aux retombées sociales et environnementales des «importants progrès scientifiques et technologiques qui ont permis d’accroître la productivité agricole
.» Le virage est quelque peu tardif. Contribuera-t-il à changer la donne favorable à l'agrobusiness dans le domaine du savoir et des techniques agricoles? On peut en douter.
Le directeur de l'IAASTD, Robert Watson, est très conscient de l'ampleur de la tâche qui attend les producteurs agricoles de ce monde. La population mondiale devrait augmenter d'encore trois milliards avant de se stabiliser. Pour lui, «savoir comment nourrir le monde n'aura jamais été aussi urgent» (DEVELOPMENT: Towards a New and Improved Green Revolution).
C'est là le fond de commerce de l’IAASTD, comme on peut le lire dans son Résumé analytique du Rapport de synthèse préparé pour la rencontre de Johannesburg :
«Faire plus, mais le faire mieux», pourrait être le slogan de l'IAASTD.Il s’agit de trouver des moyens d’utiliser les savoirs, les sciences et les technologies agricoles (ci-après dénommés le «savoir agricole») pour faire reculer la faim et la pauvreté, améliorer les moyens de subsistance des populations rurales et promouvoir un développement durable sur le plan écologique, social et économique.
Pendant des années, l'emphase a été mis sur les trois composantes de la révolution verte amorcée dans les années 60 : «la diffusion des technologies pour accroître la productivité au niveau de l’exploitation, le marché et les mécanismes institutionnels mis en place par l’État». C'était l'époque du «faire plus sans se soucier du risque de faire pire».
S'il faut reconnaître qu'il y a eu certains progrès dans l'alimentation de l'humanité, il faut aussi avouer que ceux qui ont le plus profité de cet accroissement des productions agricoles ont été les grandes entreprises qui dominent les marchés tant en amont qu'en aval de la production agricole.
Une révolution verte qui a causé d'énormes dégâts
En revanche, comme le reconnaît l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), «depuis les années 90, nous avons pris conscience d’avoir payé cher le gain de productivité dû à la Révolution Verte (sic)» (FAO : la révolution verte).
Quel fut le prix? D'abord la perte d'une grande partie de la biodiversité agricole. Les producteurs agricoles ont opté dans l'enthousiasme [et sous la pression d'un marketing drôlement efficace, avouons-le] pour les variétés végétales et des races animales que la science avait façonnées. De nombreuses espèces traditionnelles ont disparu.
Ensuite, la dégradation de l'environnement et de la santé publique par un usage immodéré des pesticides et autres produits agrochimiques.
Enfin, cerise sur le gâteau, un usage tel des ressources en eau de la planète qu'en de nombreux endroits la situation est devenue critique.
Un nouveau modèle de savoir agricole pour faire quoi au juste?
Ce que propose l'IAASTD pour renverser la vapeur, c'est de «réexaminer le rôle que le savoir agricole peut jouer dans la réalisation des objectifs de développement durable».
Mais cette organisation avoue dans un même souffle que ceux qui dominent les exportations agricoles ne vont pas lâcher le morceau.
On ne pourrait pas être plus clair sur la division du monde entre une agriculture qui compte s'enrichir davantage en vendant aux plus pauvres, au besoin avec l'argent de l'aide humanitaire, et une autre qui peinera encore à nourrir les habitants des pays où elle est pratiquée.Les acteurs en Amérique du Nord et en Europe et dans les pays émergents qui ont réalisé d’importantes économies d’échelle grâce au savoir agricole conserveront la part du lion dans les exportations agricoles et dans les chaînes de valeur étendues.
D'ailleurs, les mots ne sont jamais innocents. L'IAASTD parle de sécurité alimentaire là où de nombreuses organisations civiles revendiquent plutôt la souveraineté alimentaire. C'est toute une différence dans le paradigme qui guidera ceux qui vont proposer un savoir agricole différent de celui qui fut à l'origine de la révolution verte.
Mais nous n'en sommes pas à un dialogue de sourds près dans le grand cirque du développement.
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