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Réchauffement climatique : allons-nous laisser couler les peuples indigènes et minoritaires?
Ce sont les peuples les plus proches de la nature qui souffrent le plus de la dégradation de l'environnement. Selon l'édition 2008 de l'État des minorités dans le monde (State of the World's Minorities 2008) que vient de publier le Minority Rights Group International (MRG), les désastres dus au réchauffement planétaire ont en effet surtout touché les peuples indigènes et les peuples minoritaires dont le mode de vie est demeuré étroitement associé à la nature.
Si les minorités et les peuples indigènes sont particulièrement vulnérables, c'est parce qu'elles n'ont pas voix au chapitre tant auprès des gouvernements que des instances internationales, écrit Wangari Maathai, fondatrice du Green Belt Movement et Prix Nobel de la paix 2004, dans l'avant-propos du rapport. L'impact de l'ouragan Katrina en Nouvelle-Orléans est, selon elle, un bon exemple de cela. La population noire de cet État continue d'en souffrir encore en 2008.
Or, même en tenant compte des prédictions scientifiques les plus modestes, le réchauffement climatique va contribuer à hausser le niveau des océans, provoquer des inondations aussi bien que des sécheresses, affecter la santé des populations et celle des animaux. Bref, nous devons nous préparer à devoir venir en aide à des millions de victimes dans le monde.
La quantité d'ouragans, d'inondations, de sécheresse et autres événements naturels du genre est clairement en hausse : alors qu'on en comptait 175 en 1996, le chiffre est passé à plus de 391 en 2005, selon les données de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix rouge et du Croissant rouge (Rapport sur les catastrophes dans le monde, édition de 2006).
Outre le cas des noirs de la Nouvelle-Orléans, les Dalits en Inde, les Roms en Slovaquie, les Haïtiens en République dominicaine, sont autant de minorités plus durement touchées par les catastrophes naturelles que le reste de la population. À l'été 2007 en Inde, par exemple, les Dalits ont représenté plus de 60% des décès dus aux inondations. Les Adivasis (considérés comme les «aborigènes» de l'Inde) et les musulmans ont aussi souffert davantage. Les secours parvenaient plus difficilement à ces peuples qui ont le malheur d'être minoritaires.
Le rapport nous apprend que les peuples indigènes, bien qu'ils se retrouvent aussi la plupart du temps du côté des victimes du réchauffement climatique, ont davantage réussi à attirer l'attention sur leur sort que les peuples minoritaires. Cela s'expliquerait par le fait qu'ils sont mieux organisés et plus à même de se faire entendre, notamment avec la création à l'ONU du Forum permanent sur les questions autochtones.
Les études menées sur les effets du changement climatique sont en partie responsables de la méconnaissance que nous avons de son impact sur les peuples autochtones et minoritaires. Elles ont en effet surtout porté sur des secteurs de l'économie (par exemple l'agriculture, les infrastructures, les questions liées aux besoins en eau, etc.) plutôt que sur des populations.
Un bon exemple d'une recherche répondant essentiellement aux besoins des sociétés les plus riches est toute la question des agrocarburants. On se préoccupe beaucoup de l'impact plus négatif que positif des agrocarburants sur le réchauffement climatique, mais finalement très peu des impacts, tant en terme de droits ancestraux que de modes de vie, que subissent les peuples qui vivent là où les forêts sont rasées pour faire place aux monocultures intensives.
L'ironie du sort veut que même les tentatives de contrer le réchauffement climatique frappe plus durement les peuples qui sont proches de la nature. En Colombie, des groupes paramilitaires expulsent les autochtones pour s'emparer de leurs territoires et y planter des palmiers pour récolter son huile. Des évictions et des menaces envers des peuples qui ont le malheur d'avoir maintenu un mode de vie ancestral se produisent aussi en Argentine, au Brésil, en Indonésie, en Malaisie...
À mesure qu'on avance dans la lecture du rapport qui fait un bon tour d'horizon des continents et des pays, on finit par se rendre compte que les peuples autochtones et minoritaires sont en fait plus durement touchés par les contre-coups du capitalisme durable.
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