Qui va s'occuper des malades pauvres dans le monde?
Vous êtes une entreprise pharmaceutique et vous cherchez une alternative à vos marchés traditionnels qui ont plutôt tendance à stagner ces derniers temps ? Ne cherchez plus, la réponse à votre quête se trouve du côté des économies émergentes et de ceux qui s'enrichissent dans les économies dites en développement. En prime, vous n'aurez même pas à développer de nouveaux types de médicaments. Ces pays vivent de plus en plus les problèmes de santé qui font votre fond de commerce dans les pays riches. Oui, mais les autres maladies qui va s'en occuper ?
Non seulement les autres maladies, mais aussi la masse des êtres humains qui n'a tout simplement pas les moyens de s'offrir des médicaments, pour peu qu'ils aient même les moyens de consulter un médecin, qui va s'en occuper ? En somme, qui va faire en sorte que les malades pauvres
puissent exercer leur droit à la guérison quand cette guérison est possible ?
Oxfam a lancé en novembre dernier un appel à la générosité des entreprises pharmaceutiques. Il faut dire que dans les pays émergents où se ruent présentement ces entreprises, et encore plus dans les autres pays qui traînent de la patte, les médicaments ne sont pas donnés.
Soyons bon princes et admettons que les Pharmaceutiques ont pris certains engagements au cours des récentes années. Mais la situation ne s'est guère améliorée pour les pauvres. L'accès aux médicaments est toujours problématique, car ceux-ci demeurent beaucoup trop chers.
Aux prises avec des systèmes de santé
déficients, dépourvus d'assurance maladie, encore plus d'assurance médicaments, les pauvres vont tout simplement se priver de soins de santé et de médicaments.
Côté médicaments, il n'est donc pas étonnant que 15% de la population mondiale consomme 90% des médicaments produits par les pharmaceutiques, comme le révélait Paul Hunt, Rapporteur spécial sur le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale susceptible d'être atteint, dans un document soumis à la consultation publique en septembre dernier.
Est-ce la seule faute des Pharmaceutiques ?
Pour Hunt, c'est aux États à faire en sorte que chacun peut jouir du droit à la santé. Ils doivent y consacrer le maximum de leurs ressources disponibles et prendre des mesures juridiques et politiques afin que l'exercice de ce droit devienne possible pour tous. Or, «dans de nombreux pays, les systèmes de santé souffrent d’une pénurie chronique de ressources et sont inopérants.» (Rapport du Rapporteur spécial sur le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mental possible. 13 sept 2006.)
La reconnaissance du droit à la santé en tant que droit de l’homme fait face, selon lui, à plusieurs obstacles majeurs, dont, étonnamment, l’insuffisance de l'engagement des organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l'homme établies de longue date et des professionnels de la santé dans le mouvement qui s'est mis en branle pour obtenir cette reconnaissance.
Hunt faisait récemment un autre aveu tout aussi surprenant : «de nombreux décideurs politiques de premier plan, aux niveaux tant national qu’international, ignorent l’existence de ce droit et ceux qui savent qu’il existe n’ont aucune idée de ce qu'il recouvre.» (Conseil des droits de l'homme, Compte-rendu analytique de la 33e séance, page 2.)
Certes, autant Oxfam que le Rapporteur spécial sur le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale ont raison de faire pression auprès des Pharmaceutiques pour qu'elles mettent sur le marché des médicaments à coût abordable, adaptés aux besoins de tous les pauvres, peu importe la maladie et l'endroit où ils vivent dans le monde.
Comme le souligne Oxfam, «without a solution to the access to medicines problem, they [les gouvernements des pays en développement] cannot meet their goals and obligations to their populations.»
Mais il faut surtout renforcer la capacité des États à exercer leurs responsabilités. Là, ce qui est en cause, ce sont les revenus des États. Toutes les entreprises, et non pas seulement les Pharmaceutiques, doivent cesser de faire du chantage dès qu'un État veut se donner financièrement les moyens de jouer pleinement son rôle.
Le droit à la dignité humaine vaut plus que le droit au profit, non ?
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