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Pourquoi l'approche technicienne ne livre-t-elle pas la marchandise?
Comme l'arbre sur lequel se reflète l'étroitesse de notre vision et qui empêche de voir la forêt, l'approche technicienne des problèmes de développement
semble trop souvent oublier que ce sont des êtres humains qui sont concernés.
Depuis quelques mois maintenant, je tente de comprendre, ficelles par ficelles, ce qui cloche dans notre monde. Techniquement, nous devrions avoir éliminé tout du moins l'extrême pauvreté
. Techniquement.
Mais qu'est-ce donc que cette technique qui promet mers et merveilles mais qui ne livre pas la marchandise?
«La technique, qui est une compétence fondamentale de l'homme (homo faber), est l'ensemble des moyens et des procédés permettant d'obtenir un résultat désiré» (François Jourde, agrégé de philosophie, sur le site sosphilo.com ).
Le résultat désiré depuis plusieurs décennies est la fin de la misère dans le monde. Pourquoi n'y parvenons-nous pas?
J'avoue, j'avais volontairement omis la suite du texte de François Jourde: «mais le résultat désiré peut s'accompagner d'effets non désirés (effets pervers), et la technique peut être mise au service des projets les plus déraisonnables».
Voilà bien là tout le drame de la technique :
Son défaut vient sans doute de ce qui lui manque : elle ne porte que sur les moyens, et non sur les fins. C'est pourquoi le jugement technique (sur le possible) doit s'ordonner au jugement éthique (sur le souhaitable). Il nous faut maîtriser notre maîtrise, et soumettre la compétence technocratique à la conscience démocratiqueTout le contraire d'une approche telle celle de l'OMC, par exemple, qui s'apprête à limiter la capacité démocratique des États à faire leurs propres choix..
À la base, ce sont les valeurs et les croyances qui décident des résultats. Les diverses techniques - aussi bien les plus simples que les plus sophistiquées tel, par exemple, le système monétaire - sont potentiellement autant d'arbres qui cachent la forêt à nos visions du monde.
Un exemple?
L'histoire millénaire du dogme technicien traduirait un rapport social de légitimation mutuelle avec les classes dirigeantes à travers les régimes et les époques [ici il s'agit d'agronomie, mais vous pouvez penser à toute autre discipline liée au développement].En clair : nous arrivons dans les communautés rurales avec nos gros sabots techniques, oubliant — ou parfois omettant volontairement — «connaissances paysannes et empirisme, résultats des sciences sociales, demande des producteurs ou consultation citoyenne» (Mollard).
Éric Mollard. D'un malentendu à l'autre, de la jachère à la rationalité paysanne. Pensée agronomique et représentation sociale dans l'histoire de l'agriculture.
Mais alors, me rétorquerez-vous, comment briser cette conception unilatérale du progrès qui explique tant d'échecs d'initiatives de développement pourtant remplies de bonnes intentions, ainsi que de sérieux revers pour l'humanité (famines, pandémies, conflits)?
Encore là, Mollard fournit un début de réponse :
L'opinion publique fait confiance à ses institutions et préfère la continuité à l'aventure sociale, sans imaginer à quel point sont liées techniques et société.Ce n'est pourtant pas sorcier : il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. De part et d'autre.
Toutes les idées, toutes les solutions, ne valent que le vent qui les dispersent si elles ne suscitent pas une très large adhésion. Cela demande une bonne dose d'humilité de la part de ceux qui se croient possesseurs de vérités techniciennes, que dis-je d'expertises, que le bon peuple devrait pourtant vénérer.
À la base du développement, il y aura toujours la conscience démocratique. Toujours.
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