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Peut-on blasphémer en 2009?
La décision d'une minorité de pays membres du Conseil des droits de l'homme de l'ONU d'appuyer cette semaine, contre vents et marée, la notion de «diffamation des religions» fait ressurgir sur la place publique le bon vieux délit de blasphème. Comme le signalait récemment Olivier Roy, directeur d'études à l'EHESS et spécialiste de l'islam, cette notion va toutefois plus loin que le délit de blasphème en amalgamant critique des religions et racisme. Le cas des caricatures de Mahomet a bien montré à quel point les sensibilités religieuses ont transformé de droit à la critique d'une religion en atteinte à la dignité humaine. L'intolérance vient-elle de faire son entrée dans les droits de l'homme?
Pourquoi les droits de l'homme existent-ils? Essentiellement pour protéger chacun de la tyrannie de la majorité. Or, la «lutte contre la diffamation des religions» ne peut précisément que protéger la tyrannie de la majorité. Quelle différence fera-t-on entre celui qui menace l'Autre parce qu'il pratique une religion contraire à ses convictions et celui qui menace l'Autre parce qu'il commet un délit de blasphème contre la religion à laquelle il adhère?
Voilà donc que les idées sont promues au rang d'espèces (humaines?) à défendre contre les abus de langage. Ce bon vieux Voltaire ne doit plus savoir s'il regarde vers la terre ou vers le ciel, à force de s'être retourné dans sa tombe.
Terry Cormier, le représentant du Canada auprès de l’ONU, a bien résumé l'offensive de nombreux pays et organisations civiles contre la résolution votée par le Conseil des droits de l'homme: «les droits humains appartiennent aux individus, pas aux religions. Ce n’est pas au Conseil de discuter diffamation des religions, un concept qui met en danger la liberté d’expression.» (La diffamation des religions perd du terrain à l’ONU).
Quel but vise l'organisation de la conférence islamique, la Chine, la Russie, Cuba, l’Afrique du Sud, la Bolivie et le Nicaragua en insistant autant pour introduire le concept de discrimination des religions au coeur même d'un dispositif censé protéger les individus contre les abus, y compris et surtout ceux faits au nom de la religion? Qui protège-t-on ici?
Est-il nécessaire de légitimer de telles abus du pouvoir religieux?Au Pakistan, insulter l’islam ou ses prophètes est passible de la peine de mort. En Iran, un académicien a été condamné à mort pour avoir appelé à la réforme de l’islam. En Égypte, un professeur de l’Université du Caire a été déclaré apostat pour avoir exhorté ses étudiants à interpréter certains passages du Coran de façon métaphorique.
Tribune des droits humains. La diffamation des religions perd du terrain à l’ONU.
Et que dire de la critique du pape qui se prononce non seulement contre l'avortement, mais aussi contre l'usage des préservatifs? Est-ce faire de la diffamation contre une religion que de dire à quel point le catholicisme est rétrograde et son histoire parsemée de cadavres des victimes de son intolérance?
Est-ce également diffamation contre une religion que de s'en prendre aux appels de certains religieux musulmans à assassiner ceux qui blasphèment l'Islam?
Oui vraiment, c'est dur d'être aimé par des cons.
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Mots-clés : droits de l’homme

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