N'éliminons pas les journalistes
Comment nettoyer les écuries d'Augias de la mondialisation sans l'indépendance journalistique ?
La récente polémique sur le caractère journalistique ou non des blogues occulte un phénomène beaucoup plus préoccupant : là où la liberté
d'expression est telle l'air que l'on respire machinalement, la pollution commerciale menace l'indépendance journalistique. Ailleurs dans le monde, la situation est au pire catastrophique, au mieux préoccupante.
Essayez d'intéresser votre entourage à ce que vous avez lu, vu ou entendu hier soir sur le Web. Ils vont vous écouter, poliment, cherchant désespérément du regard le collègue avec qui ils pourront échanger sur les vraies choses de la vie, celles qu'ils auront apprises dans le journal ou, surtout, à la télé.
Beaucoup moins limité que les médias traditionnels, le Web permet de contourner le barrage informationnel. Mais l'accès plus universel à l'information signifie-t-il pour autant que nous pouvons nous passer de professionnels pouvant livrer une information journalistique ?
Chacun son métier. Celui de journaliste peut s'imiter ; il ne s'improvise pas.
Une presse libre de perdre sa raison d'être
Petit retour en arrière dans le pays qui se veut le champion de la liberté : les Pères fondateurs des États-Unis avaient placé haute la barre de la liberté de la presse.
« Le Congrès ne fera aucune loi (...) qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse. » Premier amendement à la Constitution des États-Unis, 1791.Cela a donné du meilleur. Cela a aussi donné du pire : des médias évangélistes qui poussent comme des champignons vénémeux sur la recherche de vérité. Des nouvelles filtrées par la foi et par une vision conservatrice du monde.
Nicholas Johnson. La portée du quatrième pouvoir.
Belle liberté de presse. Surtout quand le reste du paysage médiatique est dominé par quelques entreprises qui font dans la désinformatio-spectacle quand ce n'est l'information voyeuriste. Vraiment, it’s Time to Reconnect the Press and the Public.
Cas d'exception, la presse américaine ? La présence d'une presse religieuse aussi forte peut-être, beaucoup moins la tendance à la concentration et à la relativisation d'une information où, curieusement, la mondialisation
est présentée comme une affaire entendue. Circulez, y'a rien a voir. Laissez passer le PDG.Un vieux couple soudé par la crainte
La presse tant du monde libre que non libre, religieuse ou civile, partisane ou non partisane, et le journalisme sont tel un vieux couple.
La liberté de l'une, lorsqu'elle existe, celle de la presse, n'est pas forcément celle de l'autre, celle du journaliste. Méditez sur cette nuance.
Certes il y a encore une presse indépendante, autre nuance à méditer, mais la concentration des médias est telle que de très grandes entreprises de presse libres dominent ce que les gens voient, entendent et lisent.
Au contenu, les média (sic) forment un malstrom d'informations aseptisées, marketées, pré-pensées. Au contenant, ils sont devenus de pesants empires aux directions plus préoccupées de questions financières que de missions démocratiques.Justement. Parlons-en des missions démocratiques des médias. Le nombrilisme de ceux des pays libres les rendent aveugles aux drames des journalistes de l'autre monde, vivant sous la crainte constante d'être emprisonnés, quand ce n'est éliminés.
Les médiaboliques.
With few exceptions, the news giants tend to take notice only when international journalists are targeted, whereas the vast majority of victims are locals covering the countries of their birth.Combien d'abus passés sous silence ?
To Kill A Meddling Journalist: Why Not? -- It’s Risk Free.
Partout la disparition de professionnels du traitement journalistique de l'information serait un recul dont ne profiteraient que ceux qui n'ont aucune morale quand vient le temps de s'enrichir.
The Revolution will not be Televised.
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La liberté de la presse est effectivement un vaste sujet, sur lequel il y a beaucoup à dire. Avec les menaces qui pèsent sur elles dans de très nombreux pays, où les journaux sont fermés du jour au lendemain pour ne pas avoir eu l'heur de plaire au pouvoir en place, où les journalistes disparaissent, sont emprisonnés ou tués pour avoir eu le courage de s'exprimer. Ils méritent tout notre respect, nous n'avons pas les mêmes soucis dans nos "pays civilisés et démocratiques".
En France, comme du reste dans d'autres pays, la liberté de la presse est érigée en dogme. Mais celui-ci est souvent mis à mal. De manière insidieuse qui plus est. La raison : l'économique... Là où la plupart des groupes de presse étaient auparavant gérés par de véritables hommes de presse, quels que soients les défauts qu'ils avaient par ailleurs, ils appartiennent aujourd'hui pour beaucoup à des "investisseurs", fonds de pension, groupes industriels ou financiers qui n'ont pour la liberté d'opinion que l'intérêt qu'elle peut représenter en termes de "rentabilité". Leur souci n'est pas d'être objectif, c'est de faire 15 %. Autant dire qu'il devient difficile, pour un journaliste, de critiquer tel produit commercialisé par une firme qui va retirer ses pages de pub du magazine si l'on ne parle pas en bien d'elle. Ce type de pression n'est pas nouveau, mais autant il était ignoré par les groupes de presse qui faisaient clairement la différence entre pub et journalisme, autant il est désormais monnaie courante et... efficace.
C'est peut-être à ce niveau que les blogs peuvent présenter un intérêt. Ils ne sont pas soumis à cette contrainte économique, à cette pression de dirigeants uniquement obnubilés par la rentabilité. Reste seulement à conserver l'objectivité et la fiabilité d'information que les journalistes se devraient d'avoir en permanence (dans un monde idéal...). Mais, à la finale, c'est aussi au lecteur de savoir trier dans l'information, de savoir conserver sa capacité de jugement et de questionnement, afin de ne pas avaler tout cru n'importe quelle information. C'est l'exigence du lecteur qui fera remonter le niveau d'exigence des médias, quels qu'ils soient.
isido | Le Dimanche 05/06/2005 à 07:35 |