Mondialiser sans globaliser
La langue française nous tend parfois des pièges. Ainsi le mot mondialisation est-il devenu, dans l'esprit de plusieurs, synonyme de sa vilaine jumelle globalisation, alors qu'un monde devrait séparer les deux termes. Le premier devrait désigner l'extension planétaire des échanges culturels, politiques, économiques et autres dans le but d'améliorer la condition humaine. Le second devrait plutôt servir à évoquer la constitution d'un marché mondial intégré des capitaux. Ne faudrait-il pas réhabiliter la mondialisation en la découplant de sa jumelle perfide : la globalisation ?
On le sait, les partisans d'une économie ultra libre ne demandent pas mieux que de voir ceux qui s'opposent à la globalisation économique bête et méchante du monde, associés à «l'anti-mondialisation», c'est-à-dire au refus d'un monde plus ouvert aux échanges entre les divers peuples et continents.
Jusqu'à présent, les adeptes de la globalisation des échanges ont toujour soutenu qu'une certaine forme d'interdépendance économique internationale contribuerait à une plus grande liberté dans le monde. S'opposer à la globalisation équivaut à s'opposer à la progression de la liberté.
Or, la Chine et d'autres pays émergents font la preuve que la globalisation des échanges ne se traduit pas forcément par davantage de liberté, ni davantage de bien-être d'ailleurs.
Pire, un des paradoxes du libéralisme économique veut qu'il s'accompagne des pires formes d'esclavages qu'il - du moins que les esprits les plus éclairés parmi ceux qui le professe appelaient de tous leurs voeux - devait faire disparaître.
Comme si l'économie tenait lieu de science politique.
Le fait est que les gardiens de nos libertés ne sont pas les hommes d'affaires, même si bon nombre d'entre eux sont aussi attachés à celles-ci que peuvent l'être les défenseurs des droits humains.
Le paradoxe évoqué ci-haut s'explique quand on réalise que les entreprises, particulièrement les entreprises financières, ont acquis un pouvoir démesuré.
Qu'est-ce que le progrès, sinon la croissance, et qu'est-ce que la croissance sinon la bonne performance de la bourse ?
Ce raisonnement donne toujours plus de concentration, avec comme effets collatéraux que de grandes régions et d'importants groupes humains sont marginalisés. D'une part les entreprises de ces régions ne sont pas en mesure de concurrencer les géants qui, à l'exemple de Wal Mart, imposent leur loi sur le marché, d'autre part les géants eux-mêmes ne vont pas s'installer dans ces régions parce que le degré de rentabilité n'y serait pas assez élevé pour sartisfaire les marchés financiers.
Pourtant une mondialisation économique basée sur la volonté que les échanges profitent à tous, plutôt qu'aux seuls actionnaires, n'est pas du domaine de l'utopique. Mais elle exigerait la fin du mouvement actuel de concentration des capitaux, et la démolition de ces grands conglomérats nés de l'appétit vorace des grands groupes financiers. Il faudrait aussi un retour à une solide discipline des marchés financiers.
Après, nous pourrions entreprendre d'adapter les entreprises aux besoins humains, plutôt que de devoir adapter les besoins humains aux entreprises.
Voilà ce que serait mondialiser sans globaliser.



