Mainmise sur la solidarité
Chaque jour ou presque, nous sommes sollicités par des ONG qui viennent en aide aux déshérités de la planète. Lorsque nous répondons oui, le geste de solidarité que nous posons nous honore. Mais se pourrait-il que ce geste soit nuisible ?
Les ONG sont une invention du dernier quart du vingtième siècle. De moins de 5 000 au début des
années 1970, elles seront tout près de 45 000 à la fin du siècle. Une véritable explosion s'était produite, encouragée par les gouvernements des pays riches
.
Dans les années 1980 et 1990 en effet, une partie des fonds publics, jusqu'alors remis aux gouvernements des pays ayant besoin d'aide, ont été versés directement aux ONG.
Avec le triomphe des thèses économiques de l'École de Chicago et les coupes sévères dans les dépenses publiques imposées par les institutions financières internationales aux pays qui avaient reçu beaucoup d'aide sous forme de prêts, les donateurs publics et privés se sont tournés vers les ONG. Il fallait bien se donner bonne conscience tandis que l'on coupait dans les montants de l'aide publique.
Au même moment où les ONG gagnaient du terrain, les États où vivent les déshérités perdaient leur capacité d'agir.
Les mêmes gouvernements des pays riches qui appuyaient la doctrine économique stricte du FMI et de la Banque mondiale, ont fait en sorte que les embryons de secteurs publics du Sud soient détruits. Ils ont en quelque sorte commandité l'ONGisation de l'aide internationale.
Mais toutes les ONG qui profitaient de ce qui s'avérait pour elles une véritable manne, n'avaient pas le même statut auprès des donateurs.
Une hiérarchie s'était constituée fil des années : les ONG internationales ont pris de l'importance au détriment des ONG locales. Ces dernières sont devenues pour la plupart des succursales de véritables empires internationaux de l'aide.
Ais-je écrit empires ou vampires ? Dans certains cas, on se le demande.
Récapitulons : d'une part les gouvernements des pays pauvres perdaient leur capacité d'agir, d'autre part les ONG internationales devenaient les interlocutrices privilégiées des donateurs publics et privés, au détriment des ONG locales.
Ce n'est pas tout.
Il faut aussi savoir que les ONG ont des allégeances et des loyautés multiples, qu'elles sont souvent des implantations culturelles étrangères et qu'elles ont autant d'objectifs, de personnel et de façons de faire différentes.
Elles sont certes un élément de la société civile là où elles oeuvrent, mais avec des racines bien plantées dans l'Occident. Tellement bien que certaines participent à la lutte au terrorisme.
De plus, elles sont redevables aux donateurs publics et privés, généralement un pays de l'hémisphère occidental, et elles sont très soucieuses de préserver leur autonomie.
Après on s'étonne que l'aide internationale soit si mal dépensée !
La solution : canaliser tous les fonds publics et privés vers les appareils gouvernementaux des pays pauvres, tout en les soutenant dans des initiatives visant à constituer des États dignes de ce nom.
N'est-il pas grand temps de cesser de bafouer la souveraineté des États ?
Technorati Cosmos
En complément : Catherine Agg. Trends in Government Support for Non-Governmental Organizations : Is The "Golden Age" of the NGO Behind Us ? Les données proviennent de cette étude publiée en juin 2006 dans la série Civil Society and Social Movements Programme Paper (United Nations Research Institute for Social Development).
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