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Liban et bilan : cruel anagramme pour une brutale réalité environnementale
Voici un billet publié sur Agoravox et sur Cent papiers. Nous le reprenons ici car il ouvre une porte vers une plus vaste exploration. Les guerres ont des effets environnementaux qui persistent des années après leur fin. Ces effets contribuent à leur tour à un accroissement de la pauvreté
. Nous y reviendrons.
Il y a de ces coïncidences qui donnent froid dans le dos. Le mot Liban a comme anagramme bilan. Bilan des morts et des blessés, bilan des destructions, bilan environnemental aussi, moins dénoncé celui-là,
d’une pollution et d’une destruction dont souffre en silence la nature.
Le Figaro nous met sur une première piste dans
son édition du 1er août dernier : « Des animaux morts se décomposent
dans les débris, parfois démembrés », écrivait Adrien Jaulmes. Il faisait
alors le récit du retrait de l’armée israélienne après de durs combats à Bint
Jbeil.
Combien d’animaux et de plantes morts sous les bombes ?
Combien d’écosystèmes subissant les contrecoups de la guerre ?
On sait déjà que le bombardement des réservoirs stockant le fioul pour la centrale électrique de Jieh a causé le déversement de 15 000 tonnes de mazout dans la mer. Ce qui a moins été médiatisé, c’est que l’incendie des réservoirs de Jihé a aussi produit un nuage toxique qui a atteint Beirouth.
Le problème est d’autant plus grave qu’il n’y a pas moyen d’intervenir. Voilà le
résultat ! (lien découvert sur Jean-Pierre
Cloutier, Le blogue).
Ezio Amato, président du groupe technique de la Convention
internationale sur la préparation et la lutte contre la pollution pétrolière,
(Israël
et tout récemment le Liban
ont adhéré à cette convention) est très préoccupé. En réponse à une question de
la journaliste Christine Limoges (Radio-Canada, Les années lumière, émission
du 6 août 2006), il précise que « dans le cas d’une pollution
pétrolière de ce type, les pires effets sont les effets à long terme parce que
les molécules constituant ce type d’hydrocarbure sont des molécules
persistantes. »
Des images satellites montrent l’ampleur de la nappe, mais il faudrait pouvoir aller sur le terrain pour évaluer les dommages et établir le type d’interventions qui pourraient les minimiser. Selon l’International Maritime Organisation, le tiers de la côte du Liban a été touchée (International
effort underway to assist in Lebanon oil spill). La situation est d’autant
plus tragique que la Méditerranée est une mer fermée particulièrement fragile.
Alors que le Rainbow Warrior
est en route vers le Liban, l’armée israélienne et les combattants du Hezbollah
n’ont cependant pas tout à fait les soucis environnementaux de Greenpeace en
tête lorsqu’ils utilisent leurs armements. Les fabricants non plus ne se
préoccupent pas des dégâts environnementaux lorsqu’ils les conçoivent.
Des années d’efforts environnementaux volent en éclat sous le
regard résigné des écologistes libanais.
Bien que très petit (environ 180 km du nord au sud et 50 km de l’ouest à l’est), le Liban comprend une bonne diversité de zones géographiques, un climat très varié avec une faune et une flore que le Programme des Nations Unies pour le développement qualifiait de significativement
dégradées au milieu des années 1990, alors qu’il finançait le renforcement
des compétences nationales et locales en matière de protection soutenable sur
le terrain de la diversité biologique.
La forêt de cèdres de la réserve Al Shouf, une des plus anciennes forêts documentées au monde, est un exemple parmi d’autres de ces lieux de conservation menacés par le conflit. Non seulement recèle-t-elle quelques rares spécimens de Cedrus libani, mais en plus l’on y retrouve douze espèces animales menacées de disparition (Hala Kilani-IUCNK, Armed
Conflict Undermines Conservation Efforts).
Mais il n’y a pas que les réserves et autres lieux nationaux. Les blessures environnementales causées au Liban par cette guerre sont nombreuses.
Usines de produits chimiques bombardées dans la banlieue de Beirouth et à Tyr, entraînant une importante pollution de l’atmosphère et des nappes phréatiques, rivière Litani irriguant le sud du Liban polluée en raison des bombardements, sont deux exemples de ce qu’a vu sur place Claude-Marie, reporter spécialiste des conflits armés au Journal du Dimanche et président de l’Association des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie.
Vadrot, interviewé par Sophie-Andrée au cours de la même émission Les années lumière de Radio-Canada du 6 août, avait pu également constater l’ampleur des dégâts environnementaux à Gaza où il s’était rendu, il y a un mois de cela.
Les effets négatifs sur l’environnement vont se faire sentir longtemps après la fin de la guerre
, si l’on se fie aux autres conflits comparables. Le site Ikama devra malheureusement revoir ses pages consacrées à l’écotourisme au
Liban.Dire que le Liban est un si beau pays, comme le démontrentces images
diffusées sur YouTube. Si vous prenez la peine de regarder attentivement, vous verrez aussi à quel point sa géographie fait qu’il est absurde de penser
pouvoir le soumettre.
Mais l’absurdité fait partie de la nature humaine. Au grand dam de la nature.
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