Les urnes dictatoriales
Un autoritarisme qui plonge ses racines dans le passé
Le parti de Mugabe a encore gagné. Avec moins de violence cette fois-ci. Du moins de violence apparente. Pas étonnant quand il faut voter du bon bord pour pouvoir manger. Pas étonnant non plus quand des millions de morts sont sur la liste électorale. Décidément le passé continue de hanter les démocratures.
Mugabe pose fièrement dans la galerie des dictateurs de l'année 2005. Tiens, comme cela est curieux. Il n'y a que des hommes dans cette galerie !
L'impératif devoir de mémoire
« On ne peut pas construire la démocratie
sans comprendre les raisons d’être et le fonctionnement des dictatures », écrivait en 2000 Alain Touraine, soutenant que l'Unesco doit préserver les archives policières de l’«Operación Condor».
Ce devoir de mémoire ne doit pas s'exercer seulement là où se sont commis les crimes contre l'humanité des dictateurs, mais également dans les pays qui ont longtemps colonisé ces lieux. Sans compter le soutien qu'ils ont apporté par la suite aux dictateurs. Il va bien falloir fouiller de ce côté là aussi pour comprendre.
Cesser de vouloir Civiliser le monde
Le croirez-vous, les pays colonisateurs étaient habités d'une grande mission civilisatrice.
"Coloniser, c'est se mettre en rapport avec des pays neufs, pour profiter des ressources de toute nature de ces pays, les mettre en valeur dans l'intérêt national, et en même temps apporter aux peuplades primitives qui en sont privés les avantages de la culture intellectuelle, sociale, scientifique, morale, artistique, littéraire, commerciale et industrielle, apanage des races supérieures. La colonisation est dont un établissement fondé en pays neuf par une race avancée, pour réaliser le double but que nous venons d'indiquer."Édifiant, n'est-ce pas. Vous croyez que cette vision civilisatrice est chose du passé ? Détrompez-vous.
Merignhac. Précis de législation et d'économie coloniales.
«Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.»Dans le cas de l'Afrique, cette page sombre de l'Histoire se double d'une infamie pour laquelle il faudra bien un jour demander pardon : l'esclavage.
Libération. L'Assemblée glorifie la colonisation en douce.
Je ne cherche pas à excuser l'inexcusable. Je constate que la colonisation a mis en place des conditions propices aux dictatures. Et que la néocolonisation n'est sans doute pas étrangère à leurs survies.
À qui a le redoutable honneur d'être le dictateur du mois ?



