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Les ONG prises dans la spirale des intérêts géopolitiques et commerciaux

Oubliez l'image du travailleur humanitaire bravant les éléments adverses dans les coins les plus reculés du monde. Une étude du Kiel Institute for the World Economy (acronyme: IfW) nous apprend que les ONG ont plutôt tendance à aller là où le souhaitent les pays qui financent leurs activités. Comme par hasard, ces choix correspondent aux intérêts géopolitiques et commerciaux des pays donateurs.

L'étude portait sur 61 organismes non gouvernementaux dont le siège social est situé dans 13 pays donateurs membres de l'OCDE. C'est la première fois qu'un échantillon de cette ampleur était analysé.

L'objectif était de vérifier s'il est vrai que les ONG sont plus efficaces que les organisations internationales officielles pour redistribuer l'aide vers les populations les plus pauvres. Une autre hypothèse que voulaient tester les chercheurs est le fait que les ONG résisteraient mieux aux pressions politiques (clientélisme) et commerciaux que ne le font les administrations des endroits où elles interviennent.

Il semble qu'effectivement les ONG sont moins perméables aux influences directes Toutefois leurs interventions n'en sont pas moins biaisées, comme nous le verrons plus loin.

L'analyse de l'IfW est loin d'être sans intérêt. Au-delà de 10% de l'aide bilatérale des pays membres de l'OCDE transite par les ONG. Celles-ci gèrent annuellement plus de 15 milliards USD d'aide internationale. Seuls les États-Unis fournissent davantage d'aide que les ONG  réunies.

Si les ONG formaient ensemble un seul pays donateur, elles joueraient donc un rôle majeur dans l'orientation de l'aide internationale. Le problème, c'est qu'elles dépendent fortement des pays donateurs et qu'elles font donc ce que font tous les amants du monde : elles se rendent intéressantes auprès de l'élu de leur coeur.

On savait déjà que le système international d'aide est foncièrement biaisé par les intérêts géopolitiques et commerciaux des pays donateurs. Or, voici qu'on apprend que même les ONG sont entraînées dans cette spirale d'intérêts.

Un fait étonnant ressort de l'analyse de l'IfW: les ONG font très peu l'objet d'analyses globales de performance de la part des pays donateurs qui leur confient pourtant des sommes importantes.

À partir de divers modèles économétriques, l'IfW a pu constater que les ONG

  • sont surtout actives dans les plus démocratiques des pays les plus pauvres;
  • ont tendance à s'agglutiner dans les mêmes régions;
  • agissent de façon beaucoup moins autonome qu'on ne le croyait par rapport aux pays donateurs;
  • ont une préférence marquée pour les pays avec lesquels elles partagent des caractéristiques communes telle une même religion.
Bref, les ONG prennent le moins de risques possible, ce qui est compréhensible vu que leur financement dépend du «succès» de leurs interventions. Certes, les pays donateurs ne leur dictent pas ce qu'elles doivent faire, mais c'est tout comme.

En somme, dis-moi qui tu aide et je te dirai qui t'aide.

Kiel Institute for the World Economy Keeping a Low Profile: What Determines the Allocation of Aid by Non-Governmental Organizations?



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