Le vrai problème n'est pas l'intervention des États
Lu dans un commentaire paru sur Our Word is Our Weapon: «Lending decisions were not made on the basis of expected returns, they were political» (Shooting themselves in the foot). Ce commentaire est loin d'être innocent. Combien sont convaincus que les pires ennemis de l'économie, ce sont les États?
Tant de mauvaise fois, contenue dans une seule petite phrase, en apparence anodine: il y a de quoi en rester baba.
Ainsi, les grands financiers de ce monde auraient fait dans le passé d'énormes prêts risqués dans les pays dits en voie de développement
par pur altruisme.
Autre hypothèse hallucinante : tout n'aurait pas tourné rond au royaume de ces financiers qui se seraient laissés bernés, on devine la suite, par des politiciens irresponsables et des hauts fonctionnaires incompétents.
Ces explications relèvent d'une psychologie à cinq sous.
Ne faisons pas l'insulte aux banques et autres groupes financiers privés de laisser entendre qu'ils sont de grands idéalistes ou de très grands naïfs.
Si la haute finance a fait d'énorme prêts aux États d'Amérique
du Sud, d'Afrique, d'Asie, ce n'est pas par altruisme, mais bien parce
qu'elle était convaincue d'en retirer des dividendes. Les financiers ont pris un
risque calculé avec des partenaires d'affaires.
La hauteur de ce
risque, elles l'ont négociée.
Le paradoxe, c'est que le risque s'est avéré mauvais et que ce sont les
États qui ont sauvé leur mise. Le paradoxe du paradoxe, c'est que ces
mêmes États, qui ont sauvé leur mise, ont aussi fait payer très cher aux
pays endettés, pas aux institutions financières qu'elles protégeaient,
le coût de ce qui s'est avéré des erreurs de jugement.
Mais laissons de côté le comportement des financiers et attardons-nous plutôt à la véritable question à laquelle renvoie le commentaire: l'économie moderne serait-elle viable sans l'intervention des États?
Qui vient de dire oui?
Saviez-vous, cher lecteur, que les États modernes sont au coeur de l'économie, pas à côté, ni par dessus, au coeur.
Prenez l'institution économique fondamentale qu'est le marché. Essayez un instant d'imaginer son fonctionnement sans une gestion institutionnelle par les États.
Le marché est d'abord politique avant d'être économique. Il est tout sauf «naturel», comme voudraient nous le faire croire les partisans du libéralisme économique qui imputent tous les malheurs à des États irresponsables qui faussent le jeu.
Toute forme d'échange économique est bricolée de toute pièce par des acteurs qui se retrouveraient bien mal pris si les États cessaient de réguler ce bricolage approximatif.
Les banques et autres institutions financières ne sont pas les seules à
profiter - dans ce cas-ci éhontément il est vrai - de la «régulation» des échanges (financiers ou autres) par les États.
Cessons donc de faire comme si l'on pouvait de passer de l'intervention des États dans l'économie. Cela est non seulement faux, mais éhontément hypocrite.
Le vrai problème n'est pas l'intervention des États. Le vrai problème, c'est que certains États abusent de leur pouvoir politique sur l'économie.
Demandez aux producteurs Africains de coton ce qu'ils en pensent.



