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Le syndrome Bono
Le culte de la vedette a pris une tournure nouvelle depuis quelques années. Celui qui incarne le plus cette tournure est le chanteur Bono. S'il est rassurant de le voir réclamer un monde meilleur, il projette une image misérabiliste de l'Afrique qui pourrait bien nuire aux Africains qu'il aime tant.
L'Afrique nouvelle n'a pas la couverture médiatique de l'Afrique de la pauvreté
. À la limite même, des Africains qui ont un niveau de vie comparable à celui de la classe moyenne des pays riches
est presque mal vu.
« Comment osent-ils alors que le continent est si pauvre ! », entend-on marmonner un bien-pensant.
Vivre à côté de la misère serait-il moralement pire que d'en vivre éloigné ? L'Afrique riche est-elle plus suspecte ?
Le message que livre Bono touche parce qu'il conforte dans un imaginaire où l'Afrique est inférieure au reste du monde dit « civilisé ». Il est également bien accueilli par la grande communauté de l'aide
internationale, parce qu'il conforte celle-ci dans son imaginaire.
Il y a une sorte de traumatisme collectif derrière la croisade que mène Bono et autres personnalités. Soyons généreux, puisque nos gouvernements seraient coupables de passivité face à une exploitation éhontée de ces pauvres Africains si peu dégourdis.
Un syndrome, cela se soigne. Comment ? D'abord en cessant de soutenir un système d'aide internationale qui ne mène nulle part.
Être généreux envers l'autre quand le malheur arrive est une chose. Entretenir une illusion aussi tenace que celle d'une grande croisade pour développer l'Afrique, c'en est toute une autre.
Que faire sinon ?
La première étape est de changer l'objectif au coeur de la croisade en faveur de l'Afrique. Ce n'est pas pour de l'aide qu'il faut faire des concerts à travers le monde, c'est pour la liberté et le respect des droits et de la démocratie.
Pendant qu'on recueille des sous, trop d'Africains mangent des coups.
Il faut le reconnaître, plusieurs pays du continent africain font face à un défi politique immense : construire des États qui vont pouvoir réellement agir, en commençant par chasser tous les vendeurs du temple de l'aide, dans un contexte où de multiples groupes doivent être pleinement représentés.
Une seconde étape devra venir : celle de l'échange. Les flux de capitaux et de marchandises se font actuellement au détriment de l'Afrique. Des accords internationaux devront permettre de corriger le tir.
L'Afrique est un continent aux richesses immenses. Déjà une partie de sa population a démontré son savoir-faire : si vous regardez au-delà des images d'une réalité qu'il n'est pas question de nier, vous verrez un bon nombre d'Africains, ma foi, aussi à l'aise que la classe moyenne des pays de l'OCDE.
Une partie de l'Afrique souffre, mais le vrai malade n'est-il pas le système international qui entretient cette souffrance alors qu'il prétend pouvoir la soulager ?
Un syndrome, ça se soigne.
AJOUT : « aid is like salted peanuts: The more failed leaders got, the more they wanted. » Chimamanda Ngozi Adichie. Our 'Africa' Lenses.
À lire aussi sur ce blogue:
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Commentaires
Intéressant.
En effet, il y a une relation très malsaine entre les pays développés de l'occident et l'Afrique. Depuis ma jeune enfance, ce pays est perçu de façon misérable dans les médias. Pauvreté, violence, corruption, etc. "L'aide humanitaire sensationnaliste" est certainement discutable. Vedette rock à l'avant-plan, mégaspectacles-bénéfices... Ne ramassez plus de sous, revendiquer la justice et la liberté?
Stéphane G. - 26.11.06 à 23:31 - # - Répondre -
← Re:
L'aide internationale, humanitaire ou de soutien à des projets de développement, doit s'ajuster pour pouvoir devenir beaucoup plus efficace, mais en même temps son efficacité dépend des Africains eux-mêmes. Dans mon esprit il ne fait aucun doute que la démocratie, la fin de la corruption et l'avènement d'États de plein droit, en mesure d'appliquer les politiques et les programmes qu'ils jugent les plus opportuns, sont des conditions essentielles d'une aide qui fasse une différence. Pour le reste, ce ne sont que bruits occidentaux qui se perdent dans l'immensité de ce continent où vivent des femmes et des hommes qui, paradoxalement, sont globalement plus heureux que nous. Mais les gens heureux ne font pas les manchettes, sauf s'ils sont de grandes vedettes parlant du malheur des autres.
michelmonette - 27.11.06 à 07:28 - # - Répondre -