Le monde est encore plus inégal
Le produit mondial brut augmente donc le monde s'améliore, serait-on porté à croire. Il y a pourtant quelque chose qui cloche quand on y regarde de plus près. On doit bien alors se rendre à l'évidence : les riches sont plus riches, et les pauvres
toujours aussi pauvres. Une étude exhaustive du patrimoine mondial, parue au début du mois de décembre (communiqué de presse), vient de le démontrer.
L'Institut mondial de recherche sur l’économie du développement de l’université des Nations unies (UNU-WIDER), à Helsinki (Finlande) révèle que 2% des adultes les plus riches du monde possédaient la moitié du patrimoine mondial des ménages en 2000. La concentration de la richesse est à ce point que 1 % des adultes en possédaient à eux seuls plus de 40 %.
Au même moment, 50 % des adultes avaient l'immense privilège de détenir 1% de la richesse mondiale.
Je suis allé voir sur PopulationMondiale.com où j'ai constaté, jeudi le 28 décembre 2006 à 0 h 54 min et 53 s , qu'il y avait 6 583 882 657 personnes sur notre bonne vieille planète Terre. Environ 4,7 milliards ont plus de 15 ans. Considérons donc qu'il y a 1,8 milliard d'adultes.
En chiffre rond, disons que 38 M d'adultes se partagent la moitié de la richesse globale des ménages. Selon les chiffres d'UNU-WIDER qui ne doivent pas avoir beaucoup changé depuis six ans, cela leur fait un patrimoine familial de 18 500 000 000 000 000 USD, soit un demi-million USD chacun.
Pas mal, quand on sait que pour faire partie du 10% les plus riches de la Terre, il faut un patrimoine minimal de 61 000 USD, et qu'avec un patrimoine de 2 200 USD on se hisse parmi les 50% les plus riches.
Pour établir la valeur de la richesse mondiale, les auteurs de l'étude ont calculé la valeur nette du patrimoine, c'est-à-dire la valeur des actifs physiques et financiers déduction faite du passif. Le patrimoine mondial valait 125 trillions USD en 2000 selon l'étude, soit 20 500 USD par personne.
L'étude révèle une répartition très inégale de la richesse de ce patrimoine. La valeur globale du Gini de la richesse des adultes (équivalent du coefficient de Gini des revenus) s’établit à 0,89. Cela veut dire que sur 10 personnes, une seule s’approprie 99 % du gâteau.
De fait,10 % des adultes détiennent 85 % du patrimoine mondial.
Les co-auteurs de l'étude, James Davies (de l’université de Western Ontario), Anthony Shorrocks et Susanna Sandström, de l’UNU-WIDER, et Edward Wolff, de l’université de New York, ont pour la première fois étudié « tous les pays du monde et la totalité des composantes principales du patrimoine des ménages, dont les actifs et passifs financiers, les biens immobiliers et les autres biens corporels. »
Les écarts varient considérablement dans le monde, le Japon venant en tête avec un patrimoine moyen de 181 000 USD, tandis que les actifs par habitant sont d'à peine 1 100 USD en Inde. Le Japon et les États-Unis ont un rapport passablement différent vis-à-vis l'accumulation de la richesse : le Japon a un Gini de 0,55 alors que celui des États-Unis approche 0,80.
Fait à noter, écrivent les auteurs, « dans les pays nordiques [Europe du Nord], le système de sécurité sociale assure un généreux niveau de retraite publique, qui réduit probablement l’accumulation de richesse ».
L'étude confirme ce dont on se doutait : le patrimoine immobilier est proportionnellement beaucoup plus important dans la richesse des pays en développement
, alors que les comptes d'épargne sont très répandus dans les
économies en transition et dans certains pays riches d’Asie.
Les
participations et d’autres types d’actifs financiers sont plus fréquents dans
les pays riches

Certes, diverses analyses indiquent une répartition inégale des revenus dans le monde et qui va en se dégradant (les auteurs le soulignent dans leur introduction). Cette nouvelle étude démontre pour sa part à quel point la répartition de la richesse est encore plus inégale que ne l'indiquent les revenus.
James B. Davies, Susanna Sandstrom, Anthony Shorrocks, and Edward N. Wolff. The World Distribution of Household Wealth. 5 December 2006. 70 pages.
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