Le coeur des Pétrolières a des raisons que la raison ignore

Il est vrai qu'il est endurci par leurs profits

Les consommateurs des pays riches se plaignent à juste titre du comportement indécent des Pétrolières. Celles-ci profitent allègrement de la conjoncture tout en déchirant leurs chemises sur la place publique. Pathétique. Mais attendez de voir le pire : l'effet du comportement des soeurs noires sur les économies des pays en voie de Technorati.

Tous les dirigeants des Pétrolières se promènent désormais avec un dictionnaire électronique de poche qu'ils s'empressent de consulter lorsque le mot concurrence est évoqué devant eux. Il y a belle lurette qu'ils n'avaient plus à l'utiliser dans leurs conversations d'affaires.

Contraste frappant chez ces mêmes dirigeants, le sort de l'économie des Technorati que la hausse cynique des prix du baril de pétrole risque de mettre à mal ne semble pas les empêcher de dormir.

En revanche, les détenteurs d'actions de pétrolières peuvent dormir confortablement sur leurs deux oreilles dans leur lit douillet, après avoir pris une dernière collation pour calmer un petit creux : ces mêmes dirigeants veillent courageusement sur leur sort.

Ces mêmes dirigeants récitent parfaitement l'Évangile selon Saint Développement Technorati, en priant intérieurement pour que l'on aille pas voir la merde environnementale que leurs opérations foutent, entre autres dans le delta du fleuve Niger.

Ces mêmes dirigeants, et leurs actionnaires repus de dividendes, lèveront-ils le moindre petit doigt pour empêcher que la hausse des prix pétroliers ne dévaste la vie des travailleurs sous-payés des pays en voie de développement, aussi sûrement que dix cyclones s'abattant en même temps sur le sud des États-Unis? (Les femmes, hommes et enfants touchés par cette catastrophe ont toute notre sympathie.)

Il est vrai que le marché tue silencieusement, lui.


Trois questions dans la tourmente actuelle des prix du pétrole

Où est donc passé l'éthique de la responsabilité sociétale des Pétrolières, se demande le Belge Jean-Michel Javaux, Secrétaire fédéral d'ECOLO, tout en rappelant que sur le plan politique il faut « travailler à la préparation de l'économie de l'après pétrole »?

Où sont passés les pays producteurs qui laissent les pétrolières engranger les profits sans profiter eux-mêmes de cette tendance lourde pour augmenter leurs revenus, se demande pour sa part Alfredo Calcagno, économiste de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED), ajoutant du même souffle que « ces pays ne doivent pas abandonner l`objectif d`une plus grande diversification de leurs productions, ni l`objectif de l`industrialisation parce qu`il faut savoir que cette hausse de prix, même s`il y a des demandes lourdes pour les expliquer, peuvent tout aussi bien chuter à une certaine période »?

Enfin, surtout, quel sera l'impact de la hausse sur les pays les plus pauvres de la planète si les prix devaient demeurer élevés dans les années à venir? Surtout « qu'une augmentation du baril de 10 dollars sur un an retire environ 0,5 point à la croissance mondiale », et qu'au-delà de 30$ US sur une année « il est clair que de nombreux pays et/ou zones auraient à en souffrir », rappelle Marc Touat de Natexis Banques Populaires de France.

Or le prix du baril de WTI à New York — pour prendre cette référence — est passé de 45$ à plus de 70$ en un an.

Passe encore qu’elles abusent de nous ; les Pétrolières pourraient à tout le moins aider à atténuer le choc sur les pays pauvres en participant au fonds destiné à protéger ceux-ci des fluctuations des cours du pétrole et des autres matières premières, mis sur pied par le G8 en juin dernier.

Mais leur coeur bat au rythme de celui de leurs actionnaires.

Les Pétrolières poussent ce zèle amoureux bien au-delà de la limite du raisonnable.

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Commentaires

hello

Michel,

content que tu sois à nouveau sur le pont!!

concernant l'industrie pétrolière, elle est à mes yeux au moins aussi violente que celle de la vente d'arme.


 


bruno | Le Mercredi 07/09/2005 à 08:23 | [^] | Répondre

Re: hello

Merci. Même si j'étais bien occupé par mon tout récent déménagement, les doigts me démangeaient ;-) Je suis bien content de pouvoir désormais me rendre à pied au travail.

J'avoue que la moutarde m'est montée au nez face au scandale qu'est cette hausse du prix du baril de pétrole. Certes il faudra s'habituer à payer beaucoup plus cher le pétrole au fur et à mesure que les réserves ne pourront plus suffire à la demande, mais ce n'est pas une raison pour un tel abus d'enrichissement. Vivement que l'on développe des alternatives énergétiques moins polluantes et, surtout, moins concentrées entre les mains un petit groupe d'entreprises à l'appétit vorace.

 


michelmonette | Le Mercredi 07/09/2005 à 21:26 | [^] | Répondre