soblogue.com
Ne tournons pas le dos à la réalité. Elle pourrait bien se retourner contre nous.
La violence envers les femmes a surtout lieu dans l'intimité du foyer
Une vaste enquête internationale, menée auprès de 24 000 femmes dans dix pays, révèle que c'est au foyer, là où on les croirait le plus en sécurité, que les femmes sont au contraire le plus exposées à la violence. Loin d'être marginale, la violence envers les femmes est un «phénomène universel qui persiste dans tous les pays du monde, et les auteurs d’actes de violence sont souvent bien connus de leurs victimes», rappelle le Rapporteur spécial sur la violence à l’égard des femmes, ses causes et ses conséquences Yakın Ertürk, dans l'avant-propos du résumé de l'Étude multipays de l’OMS sur la santé des femmes et la violence domestique à l’égard des femmes.
Dans cette enquête, l'OMS cherchait à quantifier la violence physique, sexuelle et psychologique qui se produit dans l'intimité des foyers. L'Organisation voulait aussi mesurer l'incidence de la violence sur la santé physique et mentale des femmes
et voir comment les victimes tentent ou non de s'en sortir. Une étude ultérieure va porter sur les facteurs qui peuvent soient protéger les femmes, soit au contraire les exposer à la violence du partenaire.
La violence physique et sexuelle est plus facile à mesurer de façon objective que la maltraitance psychologique, à cause des différences culturelles, ont tenu à préciser les auteurs.
Les actes de violence physique mesurés allaient de légers à très violents. Les enquêteurs ont ainsi demandé aux femmes interrogées si leur partenaire actuel ou un partenaire antérieur les avaient:
- giflées ou leur avait lancé un objet susceptible de les blesser;
- bousculées ou secouées;
- frappées avec le poing ou un objet susceptible de les blesser;
- leur avait donné des coups de pied, les avait traînées ou battues;
- étranglées ou brûlées volontairement;
- menacées d’un fusil, d’un couteau ou d’une autre arme ou avait utilisé cette arme contre elles.
En ce qui concerne la violence sexuelle, l'OMS l'a mesurée à partir de trois comportements:
- forcer physiquement une femme à avoir des rapports sexuels contre son gré;
- pour une femme, avoir des rapports sexuels parce qu’elle a peur de ce que pourrait faire son partenaire;
- pour une femme, être contrainte à une pratique sexuelle qu’elle juge dégradante ou humiliante.
Fait troublant: de 30 % à 56 % des femmes violentées dans l'intimité du foyer ont signalé à la fois des violences physiques et sexuelles.
Du côté de la violence psychologique, les actes de violence psychologique suivants ont été recensés:
- insulter ou culpabiliser;
- humilier ou rabaisser devant d’autres personnes;
- intimider ou faire peur volontairement (par exemple en criant ou cassant des objets);
- menacer (directement, ou indirectement en menaçant de faire du mal à un proche de la personne interrogée).
Un constat général de l'enquête est qu'une femme victime d'actes de violence légers a de fortes chances de subir aussi des actes de graves. L'enquête de l'OMS a aussi révélé que les actes de violence sont loin d'être des événements isolés. La plupart s'inscrivent dans «un schéma de maltraitance prolongée» où les femmes subissent des violences physiques à répétition de la part de leur partenaire.
Les femmes plus jeunes, en particulier les femmes âgées de 15 à 19 ans, sont exposées à un risque plus élevé de violence physique ou sexuelle, ou les deux à la fois. Les femmes séparées ou divorcées ont pour leur part une histoire de vie plus marquée par la violence que les femmes qui ont été toujours mariées. Le fait de vivre en concubinage se traduit inévitablement par plus de violence.
Entre 20 et 75 % des femmes, selon les pays, ont été confrontées à de la violence psychologique, souvent considérée comme plus dévastatrice que la violence physique. Notons par ailleurs que les hommes qui maltraitent physiquement leur compagne sont généralement plus nombreux à avoir un comportement dominateur que les hommes qui ne les maltraitent pas.
Toutes les données recueillies démontrent clairement pour l'OMS que «la violence à l’égard des femmes est très répandue et profondément enracinée et elle a des effets graves sur la santé et le bien-être des femmes.»
L'OMS insiste : «sa persistance est moralement indéfendable ; son coût pour les individus, les systèmes de santé et la société en général est énorme.» Malgré tout, le phénomène est longtemps demeuré largement ignoré et mal compris.
C'est l'inégalité entre les sexes qui est à la racine de cette violence trop longtemps cachée que les femmes subissent. La lutte contre celle-ci passe nécessairement par «l’amélioration du statut juridique et socio-économique des femmes [qui] devrait à long terme contribuer pour beaucoup à réduire la vulnérabilité de celles-ci à la violence.» D'une part, dit l'OMS, il faut «favoriser la prise de conscience par la femme de ses droits et des mesures visant à garantir ses droits en matière de propriété ou de cession de biens, d’accès au divorce et de garde des enfants à la suite d’une séparation, l’éducation des filles et l’accès à un emploi sûr et rémunéré». D'autre part, Il faut «que les gouvernements appliquent les traités et les accords internationaux relatifs aux droits de l’homme qu’ils ont déjà ratifiés.»
Voilà qui donne à réfléchir, à quelques jours de la Journée internationale des femmes.
- Le condom féminin boudé par les autorités américaines - 17/07/08
- La violence envers les femmes a surtout lieu dans l'intimité du foyer - 04/03/08
- La discrimination envers les femmes est une arme d'appauvrissement massif - 15/10/06
- La servitude: un fléau du capitalisme moderne - 12/02/06
- Inégalité demeure féminin - 09/03/05
À lire aussi
- Le condom féminin boudé par les autorités américaines - 17/07/08
- Même la paix est une affaire d'hommes, bordel! - 21/06/08
Mise à jour : Vendredi 7 Mars 2008, 22:54
michelmonette le 03.03.08 à 22:03 dans Condition humaine
Article précédent - Commenter - Article suivant -
Index des mots-clés des articles
Recherche
Chercher dans
les sites de l'ONU
Qui je suis
En ligne depuis le 24/10/2004.
Pages vues :
210,331 en 2007
110,979 en 2006
54,539 en 2005
Ecolo NOVO

Les textes de ce blogue sont mis à disposition sous contrat Creative Commons.
Commentaires
MERCI
Je découvre votre article grâce à un de mes lecteurs qui m'a laissé le lien de votre blog. Je tiens un blog sur les violences conjugales dans lequel je tiens une revue de presse sur ce sujet. Je trouve votre article très interressant qui fait jour sur des proportions effrayantes.
Je vous demande - et je comprendrai si vous refusez - d'éditer votre article sur mon blog.
Je précise bien évidemment l'auteur avec lien sur votre blog.
Merci beaucoup de votre attention sur ce sujet.
Cordialement.
Théo.
Théo - 05.03.08 à 19:58 - # - Répondre -
← Re: MERCI
Je publie sous licence Creative Commons, ce qui veut dire que mes billets peuvent être repris en autant que la source soit mentionnée.
Cordialement.
michelmonette - 07.03.08 à 22:55 - # - Répondre -