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La servitude: un fléau du capitalisme moderne
Les relations de servitude sont loin d'être un phénomène du passé. Un colloque international qui vient de prendre fin à Pondichéry, attire notre attention sur une plaie nauséabonde du néo-capitalisme: la servitude par le travail.
Des millions de personnes ne savent pas ce que veut dire le mot liberté. Si vous croyez que je fais allusion aux musulmans vivant sous des régimes politiques liberticides qui exploitent sans vergogne les sentiments religieux mis à vifs par quelques caricatures, détrompez-vous. Je vous parle de pire encore.
Le croiriez-vous, si je vous disais que sur cette terre vivent des créanciers qui transforment leurs débiteurs en main d'oeuvre totalement asservie? Croyez-moi, cela existe deux fois plutôt qu'une. Hélas!
Pour l'Inde seulement, nous apprend le communiqué du colloque, ils seraient plus de 40 millions à vivre cette ignoble forme d'exploitation, obligés de travailler pour dettes, dont plus de 15 millions sont des enfants.
L'asservissement par le travail
suite à une dette n'est pas la seule forme d'asservissement, loin de là. Il faut lire Trafficking in Persons Report 2005, un rapport annuel au Congrès américain, pour s'en convaincre.
La servitude par le travail est d'autant plus condamnable qu'elle se pratique même là où la morale la condamne sans aucune hésitation.
Dans le résumé d'un article du dernier numéro des Cahiers d'études africaines, on peut ainsi lire :
De nombreuses jeunes femmes ivoiriennes travaillent en France comme employées domestiques chez des concitoyens régulièrement installés. L’immense majorité de ces jeunes femmes n’ont pas de titre de séjour et sont employées dans des conditions contraires au droit du travail.Dans le cas soulevé par Deshusses, la tragédie humaine est à double versant : d'une part des familles aisées en France (mais cela pourrait aussi bien être dans un autre pays riche) s'offrent une bonne comme l'on s'offre une machine à laver; d'autre part, les familles d'origine en Côte d'Ivoire font une lecture plus qu'intéressée des traditions sur lesquelles s'appuie le geste de confier leurs filles à ces «familles d'accueil».
Mathias Deshusses, Du confiage à l’esclavage. « Petites bonnes » ivoiriennes en France, Cahiers d'études africaines, 179-180, 2005.
Ainsi, là où l'on s'attendrait à trouver de vils trafiquants, avides de voler des êtres humains pour les vendre ailleurs dans le monde, ce sont plutôt des gens comme vous et moi que l'on retrouve, avec en prime la «bonne conscience» d'avoir sorti des sous-développés de la pauvreté. Cela pue le racisme à plein nez.
Un vrai scandale que l'on ne dénoncera jamais assez!
Bien sûr, «l’esclavage de possession» est désormais illégal partout dans le monde. Pour se dédouaner, il a pris de nouvelles formes toutes aussi sournoises les unes que les autres.
Pourquoi se gêner du reste, puisque la «main d'oeuvre» est si abondante et qu'il est si facile d'en changer, maintenant qu'il n'y a plus, de la part du «maître», l'obligation d'entretien à vie.
La réserve démographique est sans limites, l’on y puise et l’on y rejette la main-d’œuvre sans se soucier d’en entretenir le cheptel.Bales a «mis ainsi le doigt sur une tendance forte dans l’évolution des relations de travail en général, qui a sa source dans le salariat même» (Morice).
Alain Morice. Recension de l'ouvrage de Kevin Bales – Disposable People. New Slavery in the Global Economy.
Finie la pérennité de la relation entre le travailleur et son patron; désormais, la précarité est incorporée dans la définition même du contrat moderne.
Petit exercice : remplacez le mot «slaves» par le mot «workers» dans la phrase qui suit.
«Slaves are disposable », conclut Bales, qui joue sur le double sens du mot disposable : « jetable » (ou familièrement kleenex) et « à disposition».La servitude par le travail n'est que dans l'ordre des choses des nouvelles relations de travail dans un capitalisme poussé jusqu'à sa logique extrême.
Alain Morice. Idem.
Après tout, selon cette logique, les travailleurs ne sont qu'un composante parmi d'autres de l'économie.
Institut de recherche pour le développement, Institut Français de Pondichéry, Institut for Human Development (Inde) et Bureau International du Travail: Travailler en Asie du Sud : relations de travail, identités et servitude.
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Mots-clés : femmes

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