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Ne tournons pas le dos à la réalité. Elle pourrait bien se retourner contre nous.

La science de moins en moins au service de l'humanité ?

La recherche du profit l'emporte sur la recherche dans de trop nombreux laboratoires

Beaucoup de scientifiques sont prompts à dénoncer l'état de la planète. Beaucoup moins dénoncent l'état lamentable de l'humanité. Le rapprochement entre la science et le milieu des affaires explique-t-il cette tiédeur envers un système économique qui ne réussit pas à transformer les percées scientifiques en avancées humaines ? Il est vrai que l'on ne mord pas la main qui nous nourrit.

Certes, conviendrez-vous. Mais, vous empresserez-vous d'ajouter avec un brin de scepticisme, que peuvent bien faire les scientifiques dans le grand cirque économique. Cesser d'être la caution d'un progrès qui perpétue les inégalités entre les êtres humains serait déjà une contribution incroyable.

Quand la science fréquente le privé

Nous n'avons jamais percé autant de mystères, mais sommes-nous pour autant devenus meilleurs ?

À quoi aura servi, par exemple, le séquençage du génôme humain ? Le réseau GenHomme qui y a contribué, devenu depuis peu le Réseau Innovation Biotechnologies, donne une réponse on ne peut plus claire : « soutenir les projets R&D en Biotechnologies correspondant aux attentes du marché ». Et je ne parle pas de ce qui se passe aux États-Unis.

À l'image d'Eurofins, les laboratoires sont de plus en plus orientés vers la recherche... de profit. Tout est mis en oeuvre en ce sens, même un portail d'emplois de laboratoires.

Les universités ne sont pas en reste dans ces noces de la science et du privé.

Plein d'idées sont développées dans les laboratoires universitaires du Québec. Plusieurs d'entre elles sont de véritables occasions d'affaires. Les entrepreneurs qui souhaitent s'associer à leur développement sont les bienvenus.

Québec entreprises. Nos laboratoires universitaires foisonnent d'occasions d'affaires.
Entendons-nous bien. Faire des affaires n'est pas répréhensible en soi. Ce qui l'est, c'est de faire de la course aux occasions d'affaires le moteur de la recherche scientifique.

Pour le maintien d'une science ouverte

Phénomène inquiétant, la valeur intellectuelle et technique des connaissances scientifiques est de moins en moins débattue dans la communauté scientifique, propriété intellectuelle et secret industriel oblige.
Désormais, dans un cadre institutionnel, la loyauté que le chercheur doit à la Science par éthique et par vocation, se prolonge en loyauté due par fonction à sa nation, à sa firme, dont le poids est souvent supérieur à celui de la nation, à celui de l'Etat.

Jacques Arrignon. Science, Pouvoir, Progrès.
Désormais aussi, la connaissance scientifique doit permettre des débouchés commerciaux. La recherche de la vérité ? La quête d'un monde meilleur par la connaissance scientifique ? Parlez-en à votre banquier.

Tout n'est cependant pas perdu, comme le démontre l'exemple du CIFOR dont la mission est de mettre la science au service de l’éradication de la pauvreté et de la faim dans les pays en Technorati.

Mais au Nord la communauté scientifique est menacée de balkanisation par la commercialisation des laboratoires scientifiques et au Technorati on attend toujours la naissance d'une véritable communauté scientifique.

Il y a donc double urgence de construire des partenariats scientifiques Nord-Sud et de maintenir l'accès libre à la connaissance scientifique.

Surtout, la communauté scientifique a bien besoin d'une clause de conscience.

Mise à jour : Dimanche 22 Octobre 2006, 19:01
michelmonette le 12.05.05 à 23:53 dans Science et technologie
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Commentaires

On ne peut malheureusement qu'être d'accord avec ce que vous dites. Quand je dis "malheureusement", c'est que cette dérive de la recherche scientifique ne va, à mon avis, que continuer à s'accentuer, même si des initiatives (espérons-les nombreuses) tentent de la contrebalancer.

Le pire est que nous allons très certainement aller vers une recherche médicale qui va faire de nombreuses impasses sur des domaines plus ou moins cruciaux sous prétexte de non-rentabilité immédiate. Et qu'outre le décalage Nord-Sud, nous allons vers des "traitements pour riches" et des "absences de traitements pour pauvres", où qu'ils soient dans le monde.

Une nouvelle preuve de l'aberration du système dans lequel nous vivons...

isido - 14.05.05 à 05:53 - # - Répondre -

 

Mise au point au début des années 1990, la toxicogénomique est une méthode qui permet d’évaluer la toxicité d’une substance chimique en mesurant les variations de l’expression de certains gènes au sein de cellules humaines cultivées en présence de la substance. La connaissance du rôle des gènes affectés permet de comprendre quel type de toxicité la substance pourra avoir (cancérogénicité, neurotoxicité, toxicité pour la reproduction, etc.) et par quels mécanismes moléculaires.

Le test d’une substance par la toxicogénomique est bien plus rapide et moins cher que les tests actuellement employés, basés sur l’expérimentation animale, qualifiés de "tout simplement de la mauvaise science" par le directeur du CEVMA, le professeur Thomas Hartung. Cette méthode moderne figure au premier rang de celles que le Conseil national de la recherche (NRC) états-unien propose pour remplacer les tests sur des animaux dans sont récent rapport : "La toxicologie du XXIe siècle : une vision et une stratégie." (3)

Il est maintenant très urgent d’intégrer les méthodes de toxicologie modernes aux réglementations telles que REACH (4) qui, après avoir identifié plus de 100.000 substances chimiques manufacturées en Europe, s’est donné pour louable objectif d’en évaluer la toxicité. Encore faudrait-il qu’elle s’en donne les moyens, ce qui n’est pas le cas avec les tests actuellement exigés.

Il est enfin bien admis que la plupart des maladies graves (cancer, maladies neurologiques, stérilité, etc.), dites "maladies de civilisation" ont pour principales causes des facteur présents dans notre mode de vie, facteurs incluant une exposition permanente à des milliers de substances chimiques. Une prévention efficace est donc possible en identifiant les substances les plus dangereuses et en les retirant du marché.

Antidote Europe est une association a but non lucratif, créée par des chercheurs issus du CNRS, oeuvrant pour une meilleure prévention en matière de santé humaine. Après de multiples tentatives d’alerter les autorités sur les failles des tests utilisant des animaux et les multiples avantages de la toxicogénomique (5), elle espère que ce dossier donnera un coup d’accélérateur à la validation d’une méthode déjà massivement utilisée aux Etats-Unis et au Japon, encouragée par les autorités - y compris européennes, comme l’EMEA (6)- mais pas encore intégrée aux réglementations sur les substances chimiques. Ce manque d’exigence légale des résultats de tests de toxicogénomique prive tous les citoyens d’un outil efficace dans la prévention de millions de décès prématurés chaque année en Europe et d’innombrables cas de maladies douloureuses ou invalidantes

Mais, cette technique informatique met en péril le travail de centaines de chercheurs du secteur public.

lisa sion - 17.01.08 à 10:31 - # - Répondre -

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L'auteur explore les diverses facettes d'un grand mystère: la persistance d'inégalités insoutenables.

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