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La loi de la jungle pour contrer les changements climatiques
Plusieurs bonnes questions ont été posées par Les amis de la terre et d'autres intervenants, le 2 juin dernier, lors d'une rencontre organisée par le Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). La rencontre portait sur l'impact que pourrait avoir sur les peuples indigènes le mécanisme REDD (reduced emissions from deforestation and degradation) adopté à Bali en décembre dernier en vue de stopper la déforestation et la dégradation des forêts des pays en voie de développement.
La déforestation s'accélère; le bassin de l'Amazonie, l'Indonésie et le bassin du Congo sont les régions les plus convoitées par les exploitants forestiers. Or, ces coupes forestières sont responsables à elles seules du cinquième des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.
La solution: payer pour stopper la déforestation.
Cette solution a fait l'objet de l'accord international REDD. Le nouveau mécanisme devrait entrer en fonction en 2012. D'ici là, il va falloir notamment procéder à un inventaire crédible des forêts concernées (inventaire qui devrait être facilité par le satellite ALOS, capable de pénétrer les couches de nuages - Complete map of world forests to help REDD carbon trading initiative) et déterminer la hauteur de la compensation.
Beaucoup de problèmes sont à résoudre d'ici 2012. Parmi ceux-ci, il y a celle de savoir à qui appartiennent les forêts, surtout quand celles-ci sont habitées par des peuples qui n'ont jamais connu d'autre régime de propriété foncière que celui basé sur des droits ancestraux.
Ronnie Hall, coordonnateur de la Global Forest Coalition, soulignait lors de la rencontre du 2 juin que, selon les chiffres fournis par le gouvernement brésilien, plus de 96% des habitants de la forêt amazonienne du Brésil n'ont aucun titre légal de quelque nature que ce soit. Selon Hall, la situation est probablement similaire dans le bassin du Congo. Quant à la situation en Asie, elle est caractérisée par une tension entre le droit traditionnel de tenure et le droit moderne.
Le danger, selon Hall, c'est que les spéculateurs vont vouloir s'emparer de larges portions de forêts au détriment de ceux qui y vivent selon une forme ancestrale de tenure. On voit d'ailleurs déjà selon lui des tentatives de spéculations se produire en Indonésie, dans la province d'Aceh, amenant les habitants à préparer la résistance armée.
Autre signe des temps, Bloomberg annonçait en mars dernier que dix riches individus ont fait un investissement majeur dans le projet de préservation de la réserve forestière Iwokrama en Guyane.
Canopy Capital est l'entreprise à laquelle ces investisseurs ont confié leur capital. L'idée de cette entreprise est simple: acquérir et vendre des titres basés sur la valeur que constitue le maintien des écosystèmes forestiers.
Bref, on a foutu la merde, mais dormez bien braves gens, on va s'en occuper en misant sur le même système qui a provoqué les dégâts.
Canopy Capital affirme qu'il retournera plus de 80% de la valeur que prendront les titres au peuple qui vit dans la forêt d'Iwokrama. Cela reste à voir, mais en attendant la spéculation sur la valeur générée par le maintien des écosystèmes forestiers risque fort de se faire au détriment des peuples vivant dans ces écosystèmes.
L'ironie veut que cela s'appelle la loi de la jungle.
Secrétariat du CCNUCC : REDD, forest conservation and indigenous peoples rights: more than just money.
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Mots-clés : durable
, droits de l’homme 
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