L'aide internationale doit être en appui aux choix budgétaires des pays qui la reçoivent
Le rapport Kinnock, du nom du parlementaire européen Glenys Kinnock, conclut que l'Europe ne remplit pas sa promesse d'augmenter l'aide internationale. Ce rapport reproche aussi aux pays européens de ne pas diriger suffisamment leur aide vers les secteurs de la santé et de l'éducation. Il est vrai que les pays européens, comme tous les pays riches
du reste, doivent augmenter les transferts de fonds publics vers les pays pauvres
. Toutefois, il est tout aussi impératif que les pays qui reçoivent ces transferts fassent leurs propres choix budgétaires.
Les récentes décennies nous auront appris qu'il ne suffit pas de transférer des fonds vers un pays en développement
pour que celui-ci améliore automatiquement le sort de sa population. Pour être effective, l'aide
doit pouvoir être gérée efficacement, selon des besoins déterminés localement, par le pays qui la reçoit.
Penser le contraire, c'est croire que les fuites, tout au long d'un aqueduc, n'expliquent pas que l'eau ne se rende pas jusqu'au robinet.
Je sens en vous, cher lecteur, poindre un léger scepticisme. Laisser le pays receveur décider de la façon dont l'aide est utilisée vous préoccupe ? J'avoue que les faits semblent vous donner raison.
La longue liste des malversations et des détournements dans le domaine de l'aide internationale a de quoi refroidir le plus enthousiaste des partisans d'une approche basée sur la confiance envers la capacité des autorités des pays en développement de gouverner en fonction du bien commun.
Pas étonnant que le réflexe premier soit de vouloir contrôler chaque sou. Pas étonnant non plus de souhaiter que l'aide soit octroyée pour des fins précises, dans le but justement d'en contrôler l'utilisation.
Mais il faut résister à la tentation de maintenir une aide sectorielle au détriment d'une aide budgétaire globale qui donnerait aux pays aidés le plein contrôle de leurs choix budgétaires.
Tel est le sens de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide, entérinée le 2 mars 2005. Les signataires de cette déclaration (plus de 110 pays et les principaux organismes internationaux d'aide) reconnaissent que « l’aide est plus efficace lorsque les pays partenaires exercent une souveraineté ferme et effective sur leurs politiques et stratégies de développement. »
En février dernier, le Dr Lieve Fransen, chef de l'unité développement social et humain de la Direction générale du développement de la Commission européenne, est venu dire lors d'une rencontre d'experts européens et d'ONG organisée par Alliance 2015 (Measuring the contribution of General Budget Support to social sectors) que trois conditions doivent être réunies pour que l'aide fonctionne : la société civile du pays qui la reçoit doit être consultée, il faut se concentrer sur les résultats plutôt que sur l'input, il faut encourager les pays aidés à soutenir les services sociaux sur une base récurrente à même leurs budgets.
Pour l'ensemble des pays donateurs de l'OCDE, à peine 5% de l'aide l'est sous forme d'appui budgétaire global (General Budget Support). C'est peu, mais la Communauté européenne entend y consacrer plus de la moitié de son aide dans l'avenir.
À moyen et long terme, le transfert de fonds sous forme d'appui budgétaire global a beaucoup plus de chance de fonctionner, selon l'OCDE. D'ailleurs, le serait-il pas plus approprié de parler de transfert d'une partie des revenus publics que la transformation des matières premières achetées à bas prix dans les pays du Sud
procure aux États riches, plutôt que d'aide ?
Tant que les pays ne seront pas pleinement responsables de leurs choix budgétaires, sous un régime démocratique stable, l'aide internationale pourra difficilement atteindre ses objectifs.
En complément : Joint Evaluation of General Budget Support 1994 - 2004, « an independent report, carried out by a consortium of consultancies led by the International Development Department of the University of Birmingham (UK) and including Mokoro, DRN, ECORYS and NCG. »





