Kumi Naidoo appelle à une vraie démocratie

Kumi Naidoo est secrétaire général de Civicus, un regroupement mondial d'organisations civiles. Il était au Club Soda, rue Saint-Laurent à Montréal, en ce 23 août, pour livrer une conférence dans le cadre de l'École d'été de l'Institut du Nouveau monde. J'y étais. Naidoo a livré un message qui peut se résumer ainsi : la lutte à la pauvreté n'ira nulle part si la démocratie ne change pas.

L'homme qui a dû s'exiler parce qu'il luttait contre l'apparteid dans son pays d'origine, l'Afrique du Sud, poursuit sans relâche sa croisade pour que la Technorati fasse un jour partie de l'histoire. La lutte est loin d'être gagnée et elle doit être menée autant globalement que localement.

Le célèbre slogan forgé à Rio en 1992, «Penser globalement, agir localement» n'est plus valable, a-t-il dit. Nous n'avons plus le choix : trop de décisions prises à l'échelle planétaire ont un tel impact autour de nous que les luttes doivent être à la fois locales et globales.
 
Tout comme lutter pour le Technorati et contre la pauvreté ne suffisent pas non plus si on ne lutte pas, en même temps, pour une véritable démocratie. Certes, a affirmé Naidoo, la chute du mur de Berlin a été suivie d'une poussée de la Technorati dans le monde, mais y a-t-il plus de justice pour autant ? Non seulement la réponse à cette question est-elle négative, mais c'est même le contraire qui se produit.

L'explication de ce paradoxe est à chercher du côté de la façon dont se pratique la démocratie. Pour lui, il n'est pas suffisant de faire une marque sur un bulletin de vote.

Et encore, s'est-il demandé en prenant l'exemple des États-Unis, que vaut cette marque quand les seuls qui peuvent être candicats sont les riches, les très riches et les hyper riches ?

Que vaut aussi la démocratie quand des pans entiers de la société ne sont pas représentés là où se prennent les décisions, quand la diversité des idées et des courants politiques n'est pas présente au sein des institutions parlementaires ?

Naidoo a écorché les grands médias américains (mainstream medias) au passage. Qui parmis vous, a-t-il demandé, sait que CNN est perçu par les Américains comme étant à gauche d'un spectre médiatique où l'autre extrême est Fox News ?

Ce qui manque, selon lui, et pas seulement aux États-Unis, c'est une diversité des opinions et des perspectives dans les médias grand public, garante d'une vraie démocratie. Cela est d'autant plus urgent que partout dans le monde, y compris dans les pays riches, le fossé entre les riches et les pauvres s'agrandit. Il ne faut surtout pas croire que vous n'êtes pas concernés, a-t-il averti l'assistance.

La démocratie représentative est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante. Il faut en plus une démocratie participative, un dialogue constant entre les élus et les citoyens, autant dans les pays riches comme dans les autres pays.

Au passage, Naidoo a insisté que les Africains ne doivent pas mettre tout le blâme sur l'histoire ou sur les puissances étrangères. Ils doivent aussi prendre leur propre responsabilité pour ce qui ne va pas.

Naidoo a dû répondre à quelques questions concernant l'Afrique, où rien ne semble fonctionner, notamment sur les nombreux conflits qui s'y déroulent. Il en a profité pour blâmer la Suède qui d'un côté compte parmi les pays les plus généreux dans son aide internationale, mais de l'autre oblige les pays qu'elle aide à acheter de l'armement suédois.

Une intervenante, vers la fin de la période allouée aux questions, est venue raconter son découragement face à ce qui se passe dans son pays, la Maurétanie. Le Fond monétaire international y a imposé la privatisation des services publics. Le taux de scolarisation, entre autres effets, a baissé parce que les parents ne peuvent pas assumer les frais scolaires. Naidoo lui a répondu qu'il faut d'autant plus bâtir une forte coalition mondiale pour lutter contre ce genre de décision.

La salle a réservé une ovation debout à Naidoo. Il a donné rendez-vous à tous le 17 octobre prochain, pour le Stand up and Speak out 2007