Cessons de vouloir changer le monde à la place du monde

Les êtres humains «normaux» ne sont pas ceux que l'on croit

L'Occident fait trop facilement la leçon au reste du monde. Nous devons avoir l'humilité de reconnaître que nous ne possédons pas LA vérité, mais seulement notre vérité. Certes Un autre monde est possible, mais il devra naître des cendres de nos illusions.

Moisés Naím, éditeur en chef de Foreign Policy, rappelait récemment un fait que nous avons trop souvent tendance à oublier :

Statistically, a “normal” human being in today’s world is poor, lives in oppressive physical, social, and political conditions, and is ruled by unresponsive and corrupt government.

Moisés Naím, Dangerously Unique.
Le mot normal veut aussi dire usuel, typique, attendu, rappelle Naím. Or le paradoxe de la normalité est qu'une minorité de l'humanité, celle vivant dans les Technorati occidentaux, établit ce qui est usuel, typique, attendu pour l'ensemble des êtres humains.

Avons-nous raison d'imaginer le progrès de l'humanité à partir d'une normalité de privilégiés?

Prenons, par exemple, l'administration publique.
Rich-world assumptions about what constitutes the global norm are costly illusions. Billions of dollars have been wasted by assuming that governments in poorer countries are more or less like those in rich ones, only a little less efficient.

Moisés Naím
Nous avons tendance à sous-estimer, voire à ignorer, la difficulté que pose ce qui est considéré comme la façon normale de faire les choses dans les pays que nous aidons.

Loin de moi l'idée de minimiser les puissants freins au Technorati que sont la corruption et l'absence des libertés civiles, économiques, sociales, politiques et culturelles dont jouissent ceux qui vivent dans les États développés.

Mais il ne faut pas mettre tous les freins du développement dans le même sac.

Répétez lentement plusieurs fois jusqu'à ce que cela fasse sens en vous: les réalités culturelles, sociales, économiques et politiques des peuples du monde présentent d’énormes disparités.

Le mouvement altermondialiste rappelle à ce propos une grande vérité malheureusement occultée par l'obsession de la croissance économique : la différence est l’une des clefs du changement.

La solution n'est ni dans le consensus de Washington, une recette dogmatique qu'il suffirait de suivre avec rigueur pour aspirer accéder un jour au club des développés, ni dans toute autre recette venue du Nord, aussi progressiste fut-elle.

Ce n'est pas de l'extérieur mais de l'intérieur des pays dont trop d'habitants souffrent du manque du nécessaire que vont venir les changements aptes à corriger la situation.

Au-delà de ce nécessaire auquel chaque être humain a droit, il ne faut jamais perdre de vue que la civilisation du superflu n'est pas extensible à l'infini : ou bien le surplus s'accumule et seule une minorité en profite, ou bien il se partage.

Malheureusement, l'idée de partage n'est pas soluble dans ce capitalisme que l'Occident a imposé à toute l'humanité.

Vivre ou survivre ?

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