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Biocarburants : le rendement écologique n'est pas au rendez-vous

Parfois, les idées qui nous semblent géniales posent davantage de problèmes qu'elles n'en règlent. Les biocarburants sont à ranger dans cette catégorie. Plus nous en consommerons, plus le coût des aliments risque d'augmenter. Pire, une bonne partie des productions agricoles destinées à nous nourrir risque d'être diversifiée vers cet or vert tant convoité sans pour autant régler les problèmes environnementaux.

L'augmentation du prix du pétrole est telle que les énergies alternatives, plus chères à produire, peuvent le concurrencer. Or il se trouve que, pour ce moment, une large part de ces énergies devenues plus compétitives est produite à partir de la biomasse.

Les investissements mondiaux dans la bioénergie ont atteint, en 2007, des niveaux records : plus de 21 milliards de dollars US selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) (Record Financing For Biofuels, Not Food).

La Banque interaméricaine de développement a investi 3 milliards de dollars dans des projets de production de biocarburant au Brésil l'an passé. La Banque mondiale disposait pour sa part de 10 milliards de dollars pour de tels projets. En comparaison, elle n'a consacré qu'un milliard à des projets de production agricole, tandis que les fonds pour soutenir de tels projets sont en baisse constante (3,4 milliards de dollars en 2004, selon les derniers chiffres disponibles).

Les «agrocarburants», comme les appellent les groupes qui demandent un moratoire sur leur production, sont une menace à la sécurité alimentaire, sans compter le tort causé par les fertilisants, les herbicides et les pesticides aux forêts et aux cours d'eau, ainsi que la disparition des petits producteurs terriens (Appel de l’Afrique à un moratoire sur les développements d’agrocarburant).

David Fridley, du Lawrence Berkeley National Laboratory, est loin d'être convaincu du bien-fondé de la décision récente du gouvernement américain d'encourager la production d'énergie dite verte, en particulier l'éthanol :
(lien direct)

Fridley accordait en juin dernier une entrevue au titre évocateur, dans le cadre de l'émission Reality Report : The Myths of Biofuels. Je vous recommande fortement de l'écouter, car celui qui fait l'entrevue réussit le tour de force d'obtenir en 45 minutes un tour d'horizon complet de la production des biocarburants aux États-Unis et ailleurs dans le monde. L'impression qui s'en dégage est que les industriels et les investisseurs qui les soutiennent, avec l'appui financier des gouvernements, ont réussi à nous vendre leur salade.

Dans cette entrevue, nous apprenons que pour la première fois les États-Unis consacraient davantage de maïs à la production d'éthanol que la quantité totale de maïs qu'ils exportent dans le monde. Or, les États-Unis produisent 70% du maïs au monde. Nous apprenons aussi que l'Indonésie s'est lancé dans la plantation à grande échelle d'huile de palme destinée à produire du biodiesel, au point où ce pays court vers une catastrophe écologique tout en contribuant à augmenter considérablement la quantité de CO2 dans l'atmosphère.

Récipiendaire en 2007 d'un prix des Nations Unies pour son engagement citoyen, l'Institut Okland dénonçait en ces termes la géopolitique des agrocarburants lors d'une rencontre internationale en juin dernier :

the so called "biofuels" and the generation of energy through biomass as a whole, as promoted by governments, corporations, development agencies, the United Nations, financial international institutions and other agents interested in industrial production and international trade – does NOT change, but PERPETUATE the model of production and consumption of the modern, urban and industrial social, political and economic order.
La directrice de l'Institut, Anuradha Mittal, n'en revenait pas, lors d'un récent voyage dans son pays d'origine, l'Inde, de la superficie de terres agricoles enlevées des mains des plus pauvres (taken away from poor people) par les producteurs d'agrocarburant.

Pour elle, les agrocarburants sont une fausse solution face au problème du réchauffement climatique qu'ils contribuent même, dans bien des cas, à aggraver.

Mais de quoi nous plaignons-nous. Le marché n'est-il pas la façon la plus efficace d'améliorer le sort de l'humanité ? Tout beigne dans l'huile.




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