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Scolarisation et développement : au-delà du racisme
Surtout éviter les approches réductrices
Une déclaration raciste sur les ondes de Radio-Canada laissait récemment entendre que les Noirs et les Amérindiens ont un quotient intellectuel inférieur à la moyenne. Sous-entendu : la scolarisation de certaines populations est une perte de temps. Cette question fort complexe de la scolarisation des populations défavorisées mérite beaucoup mieux que de telles insanités comme tentative d'explication, d'autant plus qu'elle est intimement liée au développement
de ces populations.
Dans un rapport datant de 2003, l'ONU fait le point sur le lien entre éducation
, population et développement. Étonnamment, révèle le rapport, les modèles économiques n'ont que récemment pris en compte le rôle du «capital humain» dans la croissance économique.
Heureusement depuis, toujours selon les auteurs du rapport, «de plus en plus d’économistes ont constaté que le capital humain – en particulier l’éducation
et la santé – représente un avantage économique pour l’ensemble de la société.»
Les économistes Psacharopoulos et Patrinos ont même établi à 27% le taux de rendement individuel moyen de l’éducation primaire (pages 4 et 5 du rapport).
Plus connu, l'économiste Kenneth Galbraith a résumé en une phrase lapidaire l'impact de l'éducation sur le développement : « il n’y a pas dans ce monde de population éduquée qui soit pauvre
et il n’y a pas de population illettrée qui ne soit pas pauvre. » (Cité par Mathias Rwehera dans Éducation, développement et pauvreté en Afrique subsaharienne.)
Si vous aviez besoin de vous en convaincre, cliquez sur le tableau suivant, extrait de l'article de Rwehera:
Corriger les erreurs du passé
On sait désormais que la chûte des budgets consacrés à l'éducation dans les pays en développement au cours des années 1980, suite aux fameux programmes d'ajustements structurels, a considérablement nui à la scolarisation des pays en voie de développement et a eu un impact négatif direct sur leur niveau de développement.
L'erreur commise par les institutions financières internationales est tellement grosse qu'on se demande si elles ne l'ont pas fait exprès.
Il est vrai que celles-ci n'ont fait que mettre en oeuvre les politiques économiques idéologiques des vrais décideurs, États-Unis en tête.
Ce mauvais cauchemar n'est pas tout à fait terminé, mais il y a de l'espoir pour peu que l'on accepte de voir les vraies causes du retard scolaire de certaines populations qui ne sont certainement pas génétiques, quoiqu'elles ne soient pas non plus que financières.
Un pari : réduire les inégalités scolaires
C'est un truisme de dire que la scolarisation passe par la réduction des inégalités scolaires. Aletta Grisey, de l'Association pour le développement de l’éducation en Afrique, a cherché à aller au-delà de cette évidence, dans un texte intitulé Quels indicateurs pour quelle réduction des inégalités scolaires?
Une des inégalités les plus insidieuses, y écrit-elle, est liée à l'attitude des enseignants envers les enfants pauvres. Ainsi, rapporte-t-elle, «à quotient intellectuel égal, les défavorisés sont plus facilement considérés comme «faibles » par l'enseignant, reçoivent de moins bonnes notes, redoublent plus souvent, sont plus facilement aiguillés vers l'enseignement spécial.»
Autre fait troublant rapporté par Grisey : même s'ils ont les mêmes résultats scolaires que les enfants plus favorisés, les élèves pauvres vont spontanément choisir les filières courtes du secondaire ou des options réputées moins fortes. De même, ils vont entrer moins souvent à l'université, même s'ils ont le talent pour obtenir un diplôme universitaire.
Les facteurs d'origine sociale ne sont pas les seuls en cause. Ainsi, dans de nombreux pays les établissements scolaires des milieux défavorisés disposent de moyens plus limités que les autres (locaux, matériel) et trop souvent d'enseignants moins qualifiés.
On s'en doutait bien, les visions politiques elles-mêmes jouent. «Le combat contre l'inégalité, écrit Grisey, apparaît ainsi comme une auberge espagnole, où chacun apporte son idéologie – parfois singulièrement inégalitaire.»
Les portraits types d'enseignants que trace Grisey valent à eux seuls la lecture de son document de travail
en cours d’élaboration sur lequel, curieusement, il est écrit «Ne pas diffuser».
Raison de plus de vous précipiter pour le lire, ne serait-ce que pour constater à quel point la dernière chose dont nous avons besoin est une approche réductrice et raciste de cette question de la scolarisation des pays en développement.
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Mise à jour : Mardi 2 Mai 2006, 21:46
michelmonette le 03.10.05 à 22:54 dans Scolarisation
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